MISKANOT-SHAANANIM ET YEMIN MOSHE.
Au 19ème siècle, un grand nombre de personnes était attiré par le pays et ils se mettaient en quête de logements. Il s’agissait de chercheurs américains, de consuls ou autres personnalités. La vieille ville était alors un endroit insalubre où la pauvreté, la saleté et la maladie étaient installées. Les familles vivaient dans des maisons insalubres au milieu desquelles se trouvait un patio avec un puits, une cuisine et les toilettes en commun. Le gouvernement turc de l’époque n’avait aucune règle d’hygiène et si un chat ou un chien crevait dans la rue, il fallait des jours sinon des semaines pour que la voirie vienne l’enlever ce qui provoquait toutes sortes d’épidémies. Lorsque Moshé Montéfiore décida de créer un hôpital, celui de Rothschild existait déjà dans la vieille ville mais il était si petit (une vingtaine de lits) que les malades étaient obligés de se rendre dans un deuxième hôpital qui appartenait à la mission anglaise.
Le problème est que les Juifs qui étaient hospitalisées à la mission étaient soignées par des sœurs chrétiennes qui les influençaient à se convertir C’est pour cette raison que Moshé Montéfiore pensa ouvrir un deuxième hôpital hors des murs mais il comprit très vite que personne ne s’y rendrait à cause de la distance et de la peur qu’avaient les gens de franchir les remparts.
Yéhouda Toura fut un Juif Sépharade qui vécut en Amérique. Ses ancêtres s’intéressaient déjà au sort des Juifs qui vivaient dans les implantations en Israël. L’un d’entre-deux Abraham Toura, en 1694, a reçu le grade d’administrateur d’Eretz Israël pour avoir réuni des fonds pour aider les habitants de la ville Sainte dans le pays des patriarches. Ce titre a été transmis également à son fils Moshé.
Yéhouda naquit à New-port, son père Isaac était alors le rabbin de la communauté juive de la ville. Du Nord de l’Amérique, Yéhouda se retrouva au Sud, à la Nouvelle-Orléans où il fit sa fortune. Tombé très malade, il demanda aux Juifs de Jérusalem de prier pour lui au Cotel. Un peu plus tard, une période de famine sévit à Jérusalem et un jour les Juifs du quartier virent arriver un énorme convoi de chameaux porteurs de sacs de blé et de toutes sortes de nourriture, c’est ainsi que Yéhouda Toura remercia les Juifs de la vieille ville en les sauvant de la famine. Il fit don également de 50.000 dollars pour les Juifs de Jérusalem. Ce fut le premier don qu’un Juif américain fit à Israël.
En 1854, Yéhouda Toura mourut à l’âge de 79 ans. Cet homme extrêmement riche, a beaucoup œuvré pour la communauté juive. Il légua une somme importante destinée aux pauvres de Jérusalem. L’un des exécuteurs testamentaires fut Moshé Montéfiore Le quartier de Miskénot-Shaananim fut construit grâce cet argent. Il s’appela tout d’abord Les maisons Toura comme le prouve l’inscription surélevée, gravée dans la pierre, au milieu du bâtiment.
Mishkénot Sha'ananim ou les demeures paisibles est le premier quartier fondé hors des remparts de la vieille ville en 1862 grâce au promoteur Moshé Montéfiore, Juif anglais d’origine italienne qui été l’attaché d’une société anglaise ; il a été le plus grand philanthrope des Juifs en Israël et dans le monde entier. Lors de son cinquième voyage en Israël (sur sept) Montéfiore arriva dans la capitale, et en partie grâce à l’héritage de Yéhouda Toura, il demanda l’autorisation au pacha de Jérusalem, Ahmed Aga El Doudar, d’acheter la partie des terres où se trouve ce quartier aujourd’hui Le secrétaire de Montéfiore, sous les ordres de son patron, dirigea les accords d’achats amusants entre les deux hommes et qui nous rappellent étrangement l’histoire de l’achat de la grotte de Mahpéla par notre patriarche Abraham.
(Genèse – Chapitre 23)
Lorsque le ministre demanda le prix des terres, le cheik lui répondit : Tu es mon frère, la prunelle (de mes yeux) mon ami, prends-le en une seule fois. Cette terre appartenait à mes ancêtres, je l’ai reçu, je n’ai aucune idée de son prix et personne n’en connaît l’existence et à toi, je te la donne gratuitement, sans t’en demander un sou, mon frère, elle est à toi…. Après un laps de temps pendant lequel Montéfiore se renseigna sur le prix des terres il vint trouver le cheik et une discussion entre amis s’engagea pendant une journée entière. Moshé Montéfiore lui dit enfin : Tu es mon frère, mon ami, mon aîné, je te fais un cadeau de 1000 livres et nous irons ensemble devant un juge musulman.
Ainsi se conclut l’affaire car Montéfiore voulait un acte d’achat prouvant que les terres appartenaient au peuple juif.
La somme pour l’achat de ses terres était très élevée et demanda une vérification très approfondie à Montéfiore. Il appela l’endroit : Le vignoble de Moshé et Yéhoudit d’après son prénom et celui de sa femme. Son projet initial était de fonder ici un hôpital mais il changea d’idées car il aurait été trop loin de la vieille ville et il décida de bâtir un nouveau quartier d’habitations qui permettrait à la population du quartier juif de la vieille ville qui vivait dans la misère d’en sortir.
Des ouvriers arabes chrétiens de Beit-Lehem construisirent le bâtiment avec les pierres des carrières environnantes qui furent taillées sur place. La première publicité sur le quartier parut dans un journal le 12 décembre 1858. L’article du journaliste donnait tous les détails sur le bienfaiteur et ses projets. Le 1er décembre 1860 un deuxième article annonça la fin des travaux.
Seulement les Juifs refusaient de sortir des remparts qui les protégeaient, ils craignaient les brigands et les bêtes sauvages qui rodaient à l’extérieur. Le philanthrope leur proposa d’habiter gratuitement dans les nouveaux logements, mais même cet avantage là ne les décida pas et ce n’est qu’en 1865, lorsque l’épidémie de choléra se déclara dans le quartier juif et qu’elle fit des ravages que les habitants s’aperçurent que le nouveau quartier était épargné grâce aux meilleures conditions de vie, ils consentirent enfin à venir occuper appartements.
Du haut des remparts les gardiens surveillaient les environs et surtout le nouveau quartier. Un code avait été convenu entre eux ; si le moindre danger apparaissait aux nouveaux locataires, ils devaient faire des signaux aux gardiens grâce à des lampes qui devaient allumer et éteindre plusieurs fois de suite. Les gardiens arrivaient alors en courant au secours des malheureux. Plusieurs anecdotes ont alors eu lieu à cette époque dont celle-ci : Une jeune fille qui habitait à l’intérieur des remparts voulut le modèle d’un rideau crocheté qu’elle avait vu dans le quartier de Miskénot Shaananim en vue de sa future dot. La propriétaire ne voulant pas le lui donner, la jeune fille partit une nuit, à l’aide d’une lampe, pour copier, en cachette, le modèle du rideau; malheureusement, sa lampe tomba par terre malencontreusement et les secours arrivèrent… pour rien !
Le moulin.
La première étape du projet du nouveau quartier hors des remparts a été la construction du moulin à farine en vue de fournir du travail aux habitants. D’une hauteur de 20 mètres il a été construit sur le modèle d’un moulin à farine anglais et il a fonctionné grâce à un mécanisme perfectionné qu’ils firent venir spécialement d’Angleterre. Le moulin fonctionnait grâce à deux meuniers anglais et bien plus tard, deux nouveaux immigrants Juifs prirent le relais pour l’actionner, l’un deux était Isaac Rosenthal. On raconte que les Arabes qui voyaient les meules du moulin devinrent jaloux et s’adressèrent à l’un des cheiks pour qu’il le maudisse.
Il leur promit que dès que la pluie viendra tout chancellera. Lorsque la pluie arriva et que le moulin, les meules, ainsi que tout l’intérieur resta intact, les Arabes racontèrent que c’était l’œuvre des démons. Le moulin ne fonctionnait pas tout le temps parce que les vents étaient faibles et que le blé ne correspondait pas à celui d’Angleterre, pour finir les meules et le mécanisme se détériora et l’équipement fut abandonné. Les ouvriers écrivirent au ministre pour lui demander de l’aide mais le temps que le courrier arrive de nouveaux moulins à vapeur virent le jour. Pendant la guerre d’indépendance, le moulin à farine servit de tour de garde aux combattants Juifs. Les défenseurs de la ville construisirent un abri en béton sur le toit du moulin.
L’église écossaise se trouvait près du moulin, aussi, un dimanche, lorsque le gouverneur général sortit de l’église où il venait de prier, il aperçut le changement sur le haut du moulin et devint furieux. Il envoya un des ses hommes pour saboter la nouvelle position israélienne mais pour réaliser sa mission le soldat prépara un explosif trop petit et l’abri resta intact. Les défenseurs proposèrent au saboteur de se contenter de faire un rapport sur l’attentat, il tomba dans le piège et fut d’accord ; Ils convinrent ensemble que la semaine suivante lorsque le gouverneur général irait prier, l’abri en béton exploserait. C’est ce qui se passa, mais ce qu’ils ne dirent pas au soldat anglais c’est que, dans la même nuit, ils construisirent le même abri sous le toit du moulin, au nez et à la barbe des Anglais.
La diligence
Dans une pièce vitrée, près du moulin, se trouve une copie de la diligence par laquelle Sir Moshé Montéfiore et sa femme Yéhoudit arrivaient au pays. Au-dessus de la diligence les armoiries de la famille Montéfiore à l’intérieur desquelles est inscrit en toutes lettres le mot Jérusalem. Malheureusement des vandales ont saccagé la diligence du philanthrope et y ont mis le feu ; c’est Boris Schwartz, le directeur des beaux-arts de Bézalel qui a fait la copie exacte que nous pouvons admirer aujourd’hui.
En descendant la rue Yémin Moshé et en tournant à droite, on trouve le bâtiment qui sert aujourd’hui de salle de concert. C’est l’extrémité des deux bâtiments d’origine du quartier. Un de ses logements servaient, à l’époque, à héberger le couple de bienfaiteurs pendant leur séjour dans la capitale. Plus tard différentes institutions publiques comme une synagogue, une boulangerie et des ateliers artisanaux pour les nouveaux résidents se sont ouverts tout autour.
En continuant de descendre, on arrive au bâtiment central. Il y avait ici 28 appartements et dans chacun d’eux deux chambres et des toilettes. En haut et sur toute la longueur du bâtiment se trouve une rangée de créneaux qui rappellent ceux des remparts de la vieille ville situés juste en face. C’est pour former un ensemble harmonieux entre la vieille et la nouvelle Jérusalem que les architectes ont conçu le bâtiment sur le modèle de la vieille ville. Ceux qui profitèrent de ces logements étaient des hommes vertueux et des disciples de la Thora.
Le fer a été importé directement d’Angleterre et en s’approchant des grillages on peut encore lire le nom de la firme anglaise qui l’a procuré au ministre. Le bâtiment est construit comme une forteresse, les fenêtres sont grillagées et les portes sont renforcées avec des barres de fer ; malgré cela les premiers Juifs n’avaient aucune sensation de sécurité et avaient peur d’y vivre. L’une des maisons renfermait le bain rituel et deux puits pour la consommation d’eau potable.
La crainte des nouveaux venus était bien fondée car un des premiers habitants, Shimon Ben Yossef Habbad a été assassiné au coucher du soleil entre la vieille ville et le nouveau quartier. Le rav Aharon Ben Shmouël Arshler est mort de ses blessures après avoir reçu une douzaine de projectiles lorsque, la nuit tombante, il poursuivit ses voleurs qui sortaient de chez lui.
Au milieu du bâtiment sur un fronton, un passage de la Bible est gravé dans la pierre :
Isaïe – Chapitre 32 - -Paragraphe 18
Mon peuple habitera dans un séjour de paix, dans des demeures bien protégées et dans des retraites tranquilles
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Yémin Moshé.
Avant les fondations du quartier Yémin Moshé de nombreux pauvres s’installèrent sur les terres appartenant au Kerem Moshé Montéfiore. On leur construisit des baraques précaires et des masures misérables où ils vécurent.
Face au mont Sion, de l’autre côté de la rue Yémin Moshé se trouve le quartier du même nom. Si on se promène dans les ruelles en jetant un coup d’œil dans les cours on peut se rendre compte de l’atmosphère agréable qui entourait le quartier. Il a été construit au début des années 1890 grâce aux fonds du ministre Moshé Montéfiore et c’est le premier quartier qui portera son nom. De là vient l’expression de " Montéfiore le vieux " comparé au nouveau quartier de Kiriat Moshé appelait " Montéfiore le nouveau"
Les habitants du quartier ont choisi le nom de leur quartier selon le passage du livre d’Essaie : Chapitre 63 – paragraphes 11 - 12
Alors son peuple se souvint des temps antiques de Moïse : où donc est Celui qui les fit remonter de la mer avec le pasteur de son troupeau…Celui qui, pendant la marche accompagna la droite de Moïse de son bras glorieux, fendit les eaux à leur approche se faisant ainsi un renom pour l’éternité.
Le quartier Yamin Moshé a été partagé en deux, la partie sud était réservée aux Sépharades. Sa rue principale porte le nom de Yéhoudit en souvenir de la femme de Moshé qui l’accompagnait et qui s’inquiétait pour le peuple juif et la paix dans la ville de Jérusalem. La rue principale du quartier ashkénaze porte le nom de Nathan en souvenir de Nathan Marcus Adler, le rabbin très connu de la communauté juive d’Angleterre à cette époque. Parmi les locataires du quartier Yémin Moshé, plusieurs étaient de célèbres Sages comme le rav Isaac Badaav dont les livres étaient de véritables manuscrits. L’un d’eux comporte même divers sujets sur Eretz Israël. Le rav Ko’inka rédacteur d’un recueil faisait paraître chaque semaine une revue sur la Thora et la justice.
Pendant et après la guerre d’indépendance le quartier Yémin Moshé fut frontalier avec la Jordanie et il fut touché à de nombreuses reprises par les tirs ennemis. Il était le lien entre le quartier juif de la vieille ville et la ville nouvelle. Plusieurs habitants abandonnèrent les lieux et ceux qui y vivaient étaient en majorité des pauvres et des nouveaux immigrants. Après la guerre des six jours et l’agrandissement de la nouvelle ville le gouvernement et la mairie de Jérusalem décidèrent de restaurer le quartier.
Ils relogèrent toute la population dans des quartiers plus populeux et une nouvelle population de riches s’installa à leur place
La cinémathèque d’aujourd’hui servait de caravansérail à l’époque où les pèlerins arrivaient en Terre sainte. Bien que près des remparts, elle était le tremplin entre la route et la vieille ville. Lorsque les convois arrivaient tard et que les portes de Jérusalem se fermaient les gens louaient des chambres dans le han.
Aux pieds du célèbre restaurant Miskenot Shaananim, dans un jardin, se trouvre un morceau d’aqueduc datant de l’époque du deuxième Temple. Par ce conduit les sources d’eau d’Hérodion étaient distribuaient dans les trois bassins de Jérusalem dont la Brihat Asultan dans le creux de la vallée.
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