Les rouleaux de feu – Yar Akidoushim

 

A l’entrée du mémorial, Nathan Rappaport a écrit ceci :
 
J’ai coulé mes mots dans le bronze, je les ai gravés dans la pierre, ils sont silencieux, pesants et permanents.

 

Fondée en 1968 grâce aux fonds du Bné Brit des Etats-Unis, le mémorial mesure plus de huit mètres de hauteur et pèse douze tonnes. Joseph Weiss, président du k.k.l. a choisi cette forêt des monts de Judée pour le mémorial de la Shoa. L’ouverture entre les deux rouleaux renforce la sculpture contre les intempéries. Aux pieds du mémorial coule le nahal Kisalon.
 
 
                               

 

Lors de la pose des rouleaux de feux en 1970, cet impressionnant mémorial était isolé au milieu des monts de Judée complètement arides ; aujourd’hui grâce au K.K.L. et aux arbres, la vie a reprit le dessus à l’endroit où le souvenir de la Shoa règne encore.

 

Nathan Rappaport en laissant les rouleaux de la Thora de son mémorial entre ouverts a voulu nous dire que l’histoire est un éternel recommencement et qu’à chaque génération nous nous retrouvons face à des événements similaires. Les rouleaux de la Thora, tout comme le livre d’Esther sont des objets qui se déroulent comme la roue de la vie et celle de l’histoire qui reviennent toujours, le cercle ne se ferme jamais, il recommence inlassablement.

 

Premier rouleau          face à nous      à droite.

Dans la partie basse on observe des personnages qui vont vers le ghetto, au milieu l’éducateur Yanouk Korchak qui les accompagnent au camp ; devant lui quelques personnages en robes longues peuvent représenter les juifs à la sortie d’Egypte, des religieux entrain de prier, des femmes en robes longues ou encore les Juifs à l’époque du deuxième Temple. Au-dessus d’eux, la force allemande représentée par des casques et des lames de couteaux dont la pointe s’élance vers le haut les dominent. L’allemand n’est pas représenté en tant qu’homme pendant la guerre mais par un casque et des armes car il ne s’est pas conduit en homme mais en bête. En haut, les descendants des Juifs qui ont vécu la révolte du ghetto, les nouveaux pionniers, on les voit avec des lames de couteaux, des pierres, des cocktails molotov car ils sont maintenant forts et prêts à se défendre, ils apparaissent comme des anges.

Rappaport ne fait aucune différence entre les camps de travail, les camps de concentration et les autres camps, pour lui cet ensemble constitue la Shoa et il l’exprime par le feu et les flammes, certains étudient, d’autres tombent et on aperçoit au milieu de ces flammes un visage et des mains qui se tendent vers le haut, vers le ciel, Dieu et l’espoir.

Les enfants des ghettos sont devenus des adultes trop tôt par la force des choses et ce sont eux qui ont eu la responsabilité de leurs parents, ils s’arrangeaient pour les faire vivre, c’était le monde à l’envers.

La menora et le drapeau expriment la liberté retrouvée des Juifs, les bateaux rappellent les 18 bateaux sortis de France qui n’ont pas eu l’autorisation d’accoster au pays et qui ont été refoulés. Ce n’est que trois mois plus tard qu’ils reviendront en Israël. Sur ce même rouleau : La shoa reste à l’arrière et c’est l’espoir qui arrive avec l’Alya.
 
                                    

 

Deuxième rouleau                  face à nous       à gauche         :

En bas des soldats juifs avec des casques, ils viennent conquérir le Cotel en 1967. C’est en 1970 que Nathan Rappaport change l’idée originale de cette partie de sa sculpture pour y incorporer les soldats et le Cotel. Conquérir le Cotel, c’est rentrer à la maison, être de nouveau chez soi. Plus haut, tous les symboles du peuple juif avec le roi David et sa lyre, les anges, le Messie et l’échelle de Yaacov qui relie la terre au ciel ; le matériel au spirituel. Au dos de ce rouleau le sacrifice du Temple, trois couvre-chefs différents, le casque du soldat juif, le béret du Palmah qui représentent l’armée et le bob qui est symbole du kibboutzique. Ils rappellent l’homme qui se sépare de sa femme pour aller à la guerre, le soldat du Palmah, fort et courageux soutien le pionnier qui est encore fragile, un nouvel immigrant qui reçoit une arme pour défendre son pays et meurt épuisé au combat, un parachutiste pleurant en découvrant le Cotel.

Le personnage qui tient la menora peut-être Herzl, le prophète Elie, Abraham ou toute autre personne qui fait partie de l’histoire du peuple juif, qui a apporté quelque chose au pays et grâce auxquels aujourd’hui Jérusalem nous appartient. Le personnage tend les bras vers le haut, le ciel, Dieu ! La société israélienne d’après guerre n’a pas voulu écouter ou entendre les récits des rescapés de la Shoa, les rescapés n’osaient pas ou ne voulaient pas raconter les horreurs qu’ils avaient vécues, le nouveau peuple se voulait fort et aller de l’avant.

(Nathan Rappaport est décédé vers 1998)