Le kibboutz Maoz Haïm vit le jour en 1937 grâce à la volonté de jeunes israéliens du mouvement Mahanot Olim qui en ont fait un grand jardin où poussent des légumes, du coton, de la vigne et des palmeraies.
Il se situe tout à fait à l’Est de la vallée de Beit Shéan, à 250 mètres au-dessous du niveau de la mer, près du pont Sheikh Hussein sur le Jourdain qui emprunte le passage qui fut sans doute celui de Gédéon poursuivant les Madianites :
JUGES - Chapitre VII - paragraphe 22 -
Et les trois cents trompes continuant à sonner, Dieu les fit s’entre-tuer de leurs épées, dans tout le camp ; et cette armée s’enfuit jusqu’à Beth-Hachitta, vers Cerêa, et jusqu’à la lisière d’Abel-Mehola, près de Tabbat.
C’est encore dans les parages que la tradition situe la crémation de Shaül, lorsque les Israélites eurent dérobé son corps décapité au mur du temple de Beit Shéan où il était cloué, avant d’aller ensevelir ses restes au pied du mont Gil’ad.
Ce kibboutz est l’un des quatre kibboutzim avec Kfar Ruppin, Sde Elyao et Newe Eitan qui se sont montés en une nuit dans la région de Beit Shéan. Ce sont des implantations de la cinquième Alya appelées « Homa et Migdal» - Tour et enceintes -
Le kibboutz porte le nom de Haïm Strumann qui a vécu à Maoz Haïm et fut tué à Tira-Tsvi.
(Haïm Strumann a été l’un des fondateurs du kibboutz Ein Harod et membre de la Haganah).
Les pionniers venant de Russie et de Pologne ont fondé le kibboutz et ont souffert de la malaria, du comportement de leurs voisins Bédouins et des Jordaniens qui refusaient même de leur vendre de la boue pour construire des maisons.
Aujourd’hui 500 personnes vivent au kibboutz, il se trouve dans la vallée du Jourdain, entre le Gilboa et le mont Gil’ad en Jordanie. C’est la région de Géon Hayarden sur la faille Syro-africaine. Les étés sont très chauds et très secs, les températures atteignent 50 degrés. Des milliards d’oiseaux migrateurs font la navette entre l’Europe et l’Afrique. Arrivés à cette hauteur, ils se laissent porter par les vagues de chaleur qui montent de la vallée et qui leur permet de voler sans efforts. Il y a quelques bonnes années on trouvait dans la région infestée de marais, des tigres et des ours.
Dans les viviers, il y a trois sortes de poissons. La carpe, le mulet et le saint Pierre. Dans chaque vivier on puise 25 tonnes de poissons. Pour que les oiseaux n’en mangent pas trop ils tendent des câbles au-dessus des viviers pour les empêcher de plonger ou alors ils envoient des coups de feu à intervalles réguliers pour les effrayer ! Autour des viviers vivent beaucoup de hérons, de hérons des joncs, des Martins-pécheurs et des pélicans.
Un arbuste nommé Mallaouah (salé en hébreu) ou Arroche ne se trouve que dans cette région. Il donne des petits fruits que l’on peut déguster.
Visite de la region.
Abshalom Yaacovi nous attend près du réfectoire du kibboutz pour nous faire découvrir pendant trois heures sa région. Agé de 82 ans, il vit dans son kibboutz et prend soin de SON musée archéologique qu’il a crée de toutes pièces. Il a fouillé tous les sites archéologiques environnants de la région et s’y est passionné. Il a obtenu l’autorisation des services archéologiques de conserver sa collection.
Lors de notre parcours dans les environs, il nous raconte comment il a découvert un ancien cimetière avec, à l’intérieur des tombes, toutes sortes d’ustensiles pour la nourriture et pour le maquillage. En effet, l’armée occupant plusieurs endroits stratégiques est venue sur ces hauteurs et a commencé à creuser, piocher ou aplanir les terrains pour s’y installer. A chaque installation Abshalom était présent et chaque Tell fut pour lui une découverte archéologique.
Il nous raconte encore que pendant la guerre d’indépendance, les pionniers avaient installé là une position militaire et qu’il était de garde régulièrement. C’est à cette époque qu’il a découvert sur ce Tell, du nom de Tsofim, des vestiges ; c’est à cette période que sa passion pour l’archéologie a commencée.
Des vestiges ont été retrouvés de l’époque Chalcolithique, celle du Bronze ancien jusqu’à l’époque byzantine. Le Jourdain a complètement changé son cours depuis quelques dizaines d’années. Il était beaucoup plus sinueux et sur une longueur d’un kilomètre en ligne droite aujourd’hui, il s’étalait à l’époque sur plusieurs kilomètres, contournant chaque Tell, passant par la Jordanie pour retrouver enfin son chemin vers la mer morte.
Abshalom connaît toute l’histoire des pionniers de la région et encore beaucoup d'autres qu’il a vécues. Il nous raconte celle des trois Cheikhs bédouins qui vivaient dans les parages ayant chacun leur autonomie et leur pouvoir qu’ils entendaient conserver. L’un d’eux, prit l’initiative de vendre aux pionniers des terres (Maoz Haïm d’aujourd’hui) pour une énorme somme d’argent et s’en alla avec sa tribu vivre un peu plus loin. Seulement cet acte de vente n’a pas plu aux chefs de deux autres tribus qui l’ont cherché et trouvé pour enfin le tuer à Haïfa dès que l’occasion se présenta.
Notre guide nous conduit à travers des champs jusqu’à un sommet où nous dominons tout l’environnement. On aperçoit la nouvelle frontière avec la Jordanie à travers les barbelés où les voitures roulent sur le pont qui départage nos deux pays. Une immense photo du roi Hussein trône au milieu du passage frontalier.
Le musee.
A l’intérieur du musée nous trouvons toutes sortes d’instruments, de bijoux, de poteries, de verrerie ou encore des chapiteaux ou vestiges datant de l’époque préhistorique jusqu’à l’époque ottomane. Un des objets exceptionnels est la jarre contenant un cadavre d’enfant et les ustensiles pour le nourrir à ses côtés. Quelques outils préhistoriques, un reste de lampe en verre avec son support, quelques lampes à huile traditionnelles anciennes, de la vaisselle en terre cuite intacte, etc.
Les vestiges de la synagogue.
Cette synagogue a été construite trois fois. La première date de la fin du 3 ou 4ème siècle (Période du Talmud et de la Mishna). Elle comprenait une grande salle carrée avec une entrée du côté gauche et une salle de prière centrale entièrement dallée. De chaque côté de cette salle quatre piliers séparaient le lieu de prière des allées latérales. Une mosaïque recouvrait entièrement le parterre de cette salle. Aucune représentation de signes du zodiaque ou d’animaux comme on en voit dans les synagogues de la même époque. Celle-ci comprenait des dessins géométriques, une grappe de raisin et une menora.
La deuxième synagogue date du 5ème siècle. Elle a été agrandie, apparemment à cause du nombre plus important de pratiquants. Il y avait une cour sur chacun des côtés du bâtiment et l’entrée du Temple donnait sur l’une d’elle. La salle de prière a aussi été agrandie et des modifications ont été faites au niveau de la mosaïque. Une abscisse a été construite pour donner de l’ampleur à cette deuxième synagogue.
La troisième synagogue date du 6ème siècle et garde le même aspect que la deuxième. Une entrée supplémentaire a été faite et une pièce a été rajoutée près de l’abscisse pour ranger les livres Saints. On y a découvert une cachette sous une partie de la mosaïque où de nombreuses pièces de monnaies étaient enveloppées dans un linge blanc. D’autres objets aussi y ont été découverts comme le reste d’une lampe à huile en verre avec son support en cuivre, un morceau de marbre avec des inscriptions en hébreu, une lampe en argile non trouée dans le fond ou encore un morceau de pierre sculpté d’une partie de menora que l’on peut confondre avec une croix.
La surface de 60 ares qui entourent la synagogue est en attente de fouilles archéologiques.
Peter Viner est membre du kibboutz et artiste, son originalité est de transformer un champ agricole en œuvre d’art. Cet agriculteur a eu l’idée géniale, chaque année, au moment des moissons, de garder un morceau de terre moissonnée sur laquelle il reproduit des dessins de toutes sortes, exemples le portrait de Bach ou celui de Verdi. Pour le jour de l’indépendance il crée à une échelle énorme un nouveau dessin symbolique dans un des champs du kibboutz. Pour cela, il confectionne son dessin avec des graines ou autres petits matériaux afin de donner la forme définitive à son œuvre à la surface d’un champ de son choix. Les photos de son ouvrage terminé photographiées d’un avion sont spectaculaires.
Assaf Lipchitz est le sculpteur du kibboutz. On retrouve une quantité de ses sculptures partout à Maoz Haïm et bien d’autres dans les environs L’une d’entre elles représente un corps sans visage, plié en deux et commémore le souvenir d’un jeune membre du kibboutz poignardé par un Arabe dans les environs.
D’autres sculptures se trouvent à l’entrée de Gané Houga, au Tsomet de Maoz-Haïm (oiseaux sur un reste de pont de la Jordanie), dans les champs de Kfar Ruppin (les femmes œuvres pour la paix).