L’Institut Ayalon.

 

Shlomo Hillel raconte :

Le noyau du kibboutz était formé de 70 personnes et ce sont elles qui, après l’abandon de ces lieux fondèrent le kibboutz de Maagan Mihaël.

C’était en 1945. A la joie éprouvée à la fin de la seconde guerre mondiale se mêlait le terrible choc de la découverte de la Shoa en Europe. En plus des six millions de Juifs assassinés, on trouva dans les camps d’extermination des centaines de milliers de Juifs qui n'avait pas eu le temps d’exterminer et qui n’avaient où aller après leur libération.

 
 
 

Les nations civilisées commençaient à réaliser la nécessité de la création d’un Etat Juif. Il fut clair que les pays arabes s’y opposeraient par la force. Le pays était sous mandat des britanniques qui continuaient leur politique ennemie : Ils entraînaient et amenaient les troupes des pays arabes, et parallèlement ils empêchaient les implantations juives dans le pays de se préparer à se défendre contre l’attaque prévisible de ces pays arabes.

 

Le Commandement de la Haganah arriva à la conclusion que nous devions fabriquer nous-mêmes, dans une pénible clandestinité, les armes nécessaires à notre défense.

 

On commença la fabrication des mortiers, d’obus et de grenades dans de différents endroits. On commença également, dans des abris souterrains, la fabrication de pistolets-mitrailleurs « Sten » arme standard en ce temps là relativement facile à fabriquer. La difficulté majeure résidait dans la fabrication de munitions pour ces armes. Problème compliqué et dangereux s’il en est, s’agissant de poudre à canon en grandes quantités.

 

Le commandant de la Haganah décida d’établir une usine souterraine pour la fabrication de munitions. Les machines servant à la fabrication furent acheminées par des voies compliquées et la Haganah cherchait un groupe qui puisse prendre sur lui cette mission. Elle s’adressa à nous en tant que jeunes gens et jeunes filles idéalistes, certains ayant terminé leurs études secondaires dans le pays, d’autres étant arrivés d’Europe, prêts à créer un nouveau kibboutz. J’étais alors le représentant du kibboutz et je fus avisé du fait que nous devions construire l’usine souterraine, prés de Rehovot, y travailler et également lui servir de couverture.

 

Toute la population de notre kibboutz, y compris les enfants et les bébés, fut transférée à ce nouvel emplacement. Puis tous s’attelèrent à la tache de la construction de l’usine; on y fabriqua des millions de balles. Celles-ci constituèrent l’arme décisive dans les premiers jours de la Guerre d’Indépendance, comme défense contre les armées arabes. Juste après la création de l’Etat d’Israël, notre kibboutz risquait un double danger : celui de se faire prendre par les Britanniques et le risque constant d’accidents.

 

Aujourd’hui, c’est devenu d’une importance nationale et éducative que de s’occuper de la réfection de cette usine, d’en faire un site à visiter aussi bien pour notre jeune génération que pour les visiteurs venant de l’étranger. Nous devons leur rappeler que l’Etat d’Israël ne nous a pas été offert sur un plateau d’argent, mais grâce à des gens qui ont risqué leur vie afin que cet Etat puisse exister.
 
 
 
 

 

Chronologie :

 

1932 : Création du kibboutz. Les jeunes qui viennent des pays de l’Est font ici, un stage           agricole d’une période variant de douze à dix-huit mois. Ils apprennent également à vivre en communauté.

 

36-39 : Nombreuses batailles contre les Arabes.

 

1942 : Les Anglais occupent le camp militaire mitoyen au kibboutz. A la même époque Yéhouda Arassi achète en Pologne, à Varsovie, le contenu d’une cave pleine d’outils. Il         met trois longues années afin de les acheminer au pays. Jusqu’à ce jour nul ne sait         comment.

 

1945 : Construction de l’usine de munitions. En l’espace de 21 jours, ils construisent deux caves en béton de 8 mètres de profondeur et installent dans l’une d’elles les machines. La deuxième cave est prévue en cas d’alarme.

 

Pendant trois ans les femmes de tout âge travaillent en équipe des trois huit. Elles fournissent 14.000balles par jour ou 2.500.000 balles en trois ans. Pour cacher le bruit des machines ils fondent à l’étage une laverie et une boulangerie. De la laverie un escalier en colimaçon descend dans la salle souterraine ou l’usine fonctionne. Un responsable vérifie l’une après l’autre toutes les semelles des femmes qui remontent à la surface afin de vérifier si des débris de munitions ne se sont pas encrés.

 

Les hommes s’occupent du kibboutz et de la surveillance des environs.
 
 

 

La voie de chemin à proximité de cet endroit allait d’Europe au Caire. C’est la raison principale pour laquelle ils ont construit l’usine à cet endroit. En effet le camp militaire étant mitoyen, personne ne s’est étonné des transports de matériels pour la construction des armes. Le bruit lui a été couvert par l’exploitation agricole, la boulangerie et la laverie.