L’Institut Français de Coopération de Tunisie  (L’IFC) s’est associé à la Chaire Ben Ali (1) pour le Dialogue des Civilisations et des Religions et au Comité de Coopération Marseille Provence Méditerranée dans l’organisation d’un événement exceptionnel en hommage à l’écrivain tunisien.

 


Trous jours ont marqué  l’hommage à Albert Memmi ;  Le premier organisé   le 15 juin  2010  au  Palais Kheireddine ; le second 16 juin  une cérémonie au Siège de l'Union des Ecrivains  tunisiens et enfin  le 17 juin une journée  à la Faculté des Lettres ( Université de la Manouba – banlieue de Tunis).

 
 
La Médiathèque Charles de Gaulle à quant à elle accueillie une exposition, rencontres, débat,  et signature de livres. Des visites sur les lieux de l’enfance étaient  au programme.

 

 

Albert Memmi,  né en 1920 dans le quartier populaire de la Hara, à Tunis Albert Memmi,  est un écrivain et essayiste tunisien. Issue d’ une famille de langue maternelle arabe, d'un père artisan bourrelier, Juif d'origine italienne et d'une mère berbère, Albert Memmi est formé par l'école française, d'abord au Lycée Carnot de Tunis puis à l'Université d'Alger, où il étudie la philosophie, et enfin à la Sorbonne.

 


Parallèlement à son œuvre littéraire, il poursuit une carrière d'enseignant au lycée Carnot de Tunis (1953) puis, après s'être replié en France après l'indépendance de la Tunisie, à l'École pratique des hautes études, à HEC et à l'Université de Nanterre (1970).

 

 

Bien qu'ayant soutenu le mouvement d'émancipation de la Tunisie, il ne peut trouver sa place dans le nouvel état musulman qui a choisit la voie de l’arabisation massive.

 


Albert Memmi  publie son premier roman largement autobiographique, La Statue de sel, en 1953 avec une préface d'Albert Camus. Son œuvre la plus connue est un essai théorique préfacé par Jean-Paul Sartre : Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur publié en 1957 et qui apparaît, à l'époque, comme un soutien aux mouvements indépendantistes.

 


Il est aussi connu pour l'Anthologie des littératures maghrébines publiée en 1965 (tome I) et 1969 (tome II).

 

 

« … je suis un humaniste… » se plait il à répéter sans cesse, une vision et une empathie pour l’autre que l’on retrouve inconditionnellement dans sa réflexion.

 


L’œuvre d’ Albert Memmi a été traduite dans une vingtaine de pays, il a obtenu une dizaine de prix littéraires dont le Grand prix de la Francophonie décerné par l’Académie française et le Grand prix littéraire d u Maghreb. Une soixantaine d’ouvrages lui sont consacrés à travers le monde. On lui doit des concepts nouveaux comme hétéro phobie, ou judéité ; ainsi que des définitions inédites du racisme ou de la décolonisation (adoptées par l’Encyclopedia Universalis). Membre de plusieurs sociétés savantes, il a reçu de nombreuses décorations dont celle d’officier de la légion d’honneur, commandeur du nichan iftikhar et officier de l’ordre de la république tunisienne etc…

 

 


Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il fait également partie du comité de parrainage de l'association La paix maintenant.

 


Au début des années 1970, Albert Memmi réfléchit sur ce qu'être Juif. Il fonde alors le concept de « judéité » comme base de son travail d'exploration de l'être juif. Ce concept, dont il jeta les bases, sera ensuite utilisé par de nombreux philosophes.

 

 


Albert Memmi a poursuivit une double carrière, celle de chercheur et d’écrivain. Professeur Honoraire à l’Université de Paris, où il a occupé une chaire de sociologie de la culture, professeur à l’Université de Washington, membre de conseil à l’Université de Princeton, professeur Honoraire à H.E.C. Docteur Honoris Causa de l’Université de Néguev, là où il a exercé, il a toujours su gagner l’admiration et l’estime de ses collègues.

 

 


Memmi est qualifié par ses pairs contemporains, de plus grand écrivain tunisien d’expression française (dictionnaire Bordas, des littératures), de figure de proue avec A. Camus, de représentant de la Littérature Maghrébine (Magazine littéraire, Paris) ou encore par Hédi Bouraoui de « père fondateur de la littérature tunisienne d’expression française ». Des hommages qui font de lui un véritable symbole culturel, dont la portée devient universelle, car elle dépasse les frontières.
On ne compte plus les références et les distinctions qu’a récoltées cet écrivain, qui s’inscrit parmi les penseurs les plus éclairés de notre époque. Il est dommage qu’aucune rue ou école  ne porte son nom en Tunisie.

 

Ftouh Souhail, Tunis
 
(1)  La Chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions est une chaire universitaire créée le 7 novembre 2001:
www.chairebenali.tn(2) Bibliographie Albert Memmi est impressionnante  :La Statue de sel, roman, éd. Corréa, Paris, 1953 ; Agar, éd. Corréa, Paris, 1955 ; Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, éd. Buchet/Chastel, Paris, 1957 (ISBN 2070419207) ; Portrait d'un juif, éd. Gallimard, Paris, 1962 ;  Anthologie des écrivains maghrébins d'expression française, éd. Présence africaine, Paris, 1964 ;  La Libération du juif, éd. Payot, 1966 ;  L'Homme dominé, éd. Gallimard, Paris, 1968 ;  Le Scorpion ou la confession imaginaire, éd. Gallimard, Paris, 1969 ;  Juifs et Arabes, éd. Gallimard, Paris, 1974 :  Le Désert, ou la vie et les aventures de Jubaïr Ouali El-Mammi, éd. Gallimard, Paris, 1977 ; La Dépendance, esquisse pour un portrait du dépendant, éd. Gallimard, Paris, 1979 : Le Mirliton du ciel, éd. Lahabé, Paris, 1985 : Ce que je crois, éd. Fasquelle, Paris, 1985 : Le Pharaon, éd. Julliard, Paris, 1988 ; L'Exercice du bonheur, éd. Arléa, Paris, 1994 ; Le Racisme, éd. Gallimard, Paris, 1994 ; Le Juif et l'Autre, éd. Christian de Bartillat, Paris, 1996 : Le Buveur et l'amoureux - le prix de la dépendance, éd. Arléa, Paris, 1998 ; Le Nomade immobile, éd. Arléa, Paris, 2000 : Dictionnaire critique à l'usage des incrédules, éd. du Félin, Paris, 2002 ; Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres, éd. Gallimard, Paris, 2004