 RSS
על הבלוג
זיכרונות ילדות, התזונה והמתכונים המגוונים, סיפורים, הגדות, אמרות ומשלים, מורינו ורבותינו, רעינו וחברינו מבית הספר, מנהגינו, מסורת אבותינו, בית הכנסת ובמיוחד המשפחה וההורים, זה מה שאשתדל לשחזר בדפים אלה, מבלי לדלג על הפלישה הנאצית בטוניסיה ועלייתנו ארצה.
אקדיש התייחסות גם לשאר יהודי המגרב ולקשרים שנרקמו בינינו ובין שכינינו מדתות אחרות.
|
posts
22/01/2009
Pirkei Avot,
Ben Hé-Hé dit…
Sur une fable de Monsieur de La Fontaine : "La
cigale et la fourmi"
Par le Docteur Reuven (Roger) Cohen.
Omer, le petit garçon de Dina, était de mauvaise humeur. Il
en voulait très fort à quelqu'un, la chose était plus que visible ! Sitôt
rentré de l'école, il prit sa petite pelle et se dirigea vers les plates bandes
du jardin potager qu'il soignait avec l'aide de sa mère. Intriguée, celle-ci le
suivit. Quel ne fut son étonnement en le voyant détruire à l'aide de son outil
un nid de fourmis.
"Mais que t'ont-elles fait, s'écria Dina, les
fourmis sont laborieuses, elles ne gênent personne ! Elles vivent de leur
travail et rendent la terre meuble plus fertile encore ! Pourquoi détruire leur
nid avec tant de haine !"
"Elles sont méchantes et égoïstes, répondit-il.
Notre institutrice nous a lu une fable à ce sujet. "
Dina comprit de suite qu'il s'agissait de "La cigale
et la fourmi " de Monsieur de La Fontaine.
Et voilà se dit-elle, comment on déforme la réalité et la
morale en lisant aux jeunes enfants une fable du 17ème siècle avec sa
morale, sans la leur replacer dans son milieu et dans son temps, et l'éclairer
en la leur expliquant au moins selon ces deux coordonnées. Et comme ils ne sont
pas en âge de saisir ces nuances, l'institutrice aurait mieux fait de leur lire
une autre fable dont elle aurait pu facilement les aider à interpréter la
morale, comme la fable du chêne et du roseau ou cette autre du renard et de la
cigogne! Elle calma la hargne d'Omer
contre la fourmilière et lui demanda pourquoi cette haine.
"La fourmi avait son réfrigérateur et son placard à
provision pleins de nourriture et elle n'a rien voulu donner à la cigale qui
avait faim ! C'est une méchante et une égoïste ! Elle ne pense qu'à elle !
Aussi je lui interdis de se nourrir des herbes de notre jardin potager, et je
la renvoie de chez nous !"
" ? Et pourquoi la cigale n'avait pas de
provisions, lui demanda Dina "
"Parce que son rôle c'est de chanter et celle de la
fourmi de travailler !"
"Et qui a décidé qu'il en serait
ainsi ?"
"C'est ainsi, certains chantent et certains
travaillent".
"Ha oui ! Et de qui tiens-tu cette affirmation
?"
"Mais d'Osnat, notre institutrice !"
"Oui, d'accord. Mais dis-moi, et si par hasard la
fourmi décidait elle aussi de chanter, un peu tous les jours, pour se faire
plaisir, comme une récompense qu'elle recevrait pour la peine qu'elle se donne
à gagner son pain, et la cigale faisait de même en travaillant un peu tous les
jours pour pouvoir se nourrir en hiver, ne penses tu pas que les deux auraient
à manger et que chacune d'elle se réjouirait de pouvoir aussi chanter ?"
"Ha ! Non ! La fourmi est faite pour travailler et
la cigale pour chanter !"
Il nous faut refaire la Révolution de 1789, se dit Dina.
"Et cela tu le tiens aussi d'Osnat ?"
"Mais oui !
Osnat sait tout !"
"Oui, bien sûr, lui répondit Dina, en hochant la
tête désabusée".

Nous retournons
à l'époque féodale, se dit-elle toute triste. Rien ne changera tant que les
éducateurs ne seront pas eux-mêmes éduqués, comme le disait un grand philosophe
! Mais qui éduquera les éducateurs ?
Le mot de Platon dans la République, au Livre V, lui
revint à l'esprit: "Or repris-je, il y a un changement qui, à lui seul,
nous mettrait à même, selon moi, de montrer qu'un Etat en serait transformé ! [....]
Ou bien que les philosophes deviennent rois dans les Etats ou que ceux auxquels
on donne maintenant le nom de rois et de princes ne deviennent philosophes,
authentiquement et comme il faut".
Il faut retourner aux textes canoniques de notre civilisation,
se dit Osnat. Les textes qui sont à la base de l'humanisme occidental. Ceux sur
lesquels a germé et a fleuri notre civilisation.
Ben Hé-Hé ne dit-il pas, pensa Dina, à l'encontre de la
façon dont Osnat, l'institutrice de mon fils, a interprété la fable de Monsieur
de La Fontaine "La cigale et la fourmi": "La récompense sera
proportionnée à la peine".
בן הא הא אומר לפוס צערא אגרא (פרקי אבות, פרק 5, 26
).
29/01/2009
Pirkei Avot : Rabbi
Tarphon disait…
Par le Dr. Reuven (Roger)
Cohen
Sur un texte de Friedrich Nietzsche : "What is
good ?" (The Antichrist, 2).
Le ton de la conversation montait et frisait
la querelle. Ce qui avait
commencé par un dialogue amical et un tant soit peu pédagogique entre le père
de Dan et son professeur principal Roni, "Son Educateur" (c'est ainsi
que nous le nommons dans nos lycées), tournait au vinaigre.
Roni soutenait que les valeurs humanistes, qui le
guidaient dans son rôle d'Educateur et dans ses conversations avec Dan, étaient
de loin plus importantes dans sa formation et pour son avenir que ses notes en
mathématiques et en anglais.
"Je lui enseigne, comme aux autres élèves de sa
classe, ce qu'est le Bien, l'attitude responsable et la bonne décision à
prendre face aux dilemmes moraux."
Haïm ne l'entendait pas de cette oreille. Selon son
entendement, Roni se devait de soutenir Dan dans ces matières qui assurent ce
diplôme, le Bac, sans lequel dans la Société d'aujourd'hui, on est moins que
rien.
Au lieu de consacrer ses heures d'entrevue avec Dan en
diatribes stériles sur sa conduite, ses relations avec les autres Profs et les
autres élèves de sa classe, pensait Haïm, Roni ferait mieux, en tant que Prof
de Math., de l'aider à rattraper son retard.
"Et puis, qui peut éduquer par "le verbe" au
Bien absolu, lui demandait Haïm ? Le Rabbin, le Philosophe, le Législateur ? Le
Bien ne s'enseigne pas en quelques leçons à l'école. Et la conduite de Dan ne
changera
pas au bout de quelques conversations. Tandis que ses progrès en maths, oui. Ce
n'est pas comme la propagande ! Il ne s'agit pas là d'un lavage de cerveau
!"
La conception de Haïm était tangente à celle que soutint
le grand écrivain que fut "Samekh" Izhar. Son
"retournement" sur ce sujet avait fait scandale.
Il avait, un beau
matin, soutenu que l'Ecole était faite pour enseigner et non pour éduquer. Le
tollé que sa déclaration avait soulevé avait causé une tempête parmi les
pédagogues, de loin bien plus importante encore que celle qu'avait causée
Victor Hugo parmi les critiques parisiens, avec son Ruy Blas en 1838. Une
véritable querelle entre "Anciens et Modernes". Mais là, il ne
s'agissait pas d'art, mais d'un fait de société.
Depuis que la Société israélienne avait traduit, de suite
après la Guerre d'Indépendance, "La Volonté de Puissance", que
Nietzsche avait empruntée à Schopenhauer, en volonté d'enrichissement et en
volonté de faire carrière, "l'Esprit de l'Ecole" avait changé. Petit
à petit, pour réussir dans la vie, les diplômes avaient pris le pas sur les
conduites exemplaires, celles qui répondaient aux valeurs d'égalité,
d'entraide, de don de soit.
Nietzsche avait dit : "What
is good, ? All
that enhances the feeling of power, the Will of Power, and power itself in
man." (The Antichrist,
2,
in Essential Thinkers Friedrich Nietzsche, London,
2005).
"Le Bien n'est pas affaire de discours mais de
pratique. Il faut le considérer comme le résultat d'un entraînement. Il faut
entraîner l'enfant à le pratiquer. Il se pratique pas à pas, et cette pratique
se poursuit tout le long de la vie, jusqu'à un âge avancé, renchérissait Haïm.
Et cette méthode pédagogique d'un autre âge dont tu te fais le mentor, ces
longues conversations que tu mènes avec tes élèves, ne servent absolument à
rien. Elles ne sont que temps perdu. Ce sont des pratiques qui me rappellent
les méthodes de lavage de cerveau."
Dans son for intérieur, Haïm souhaitait, chose
inacceptable dans l'Ecole d'aujourd'hui, que tous les Profs du Lycée
participent à cette œuvre indépassable dans sa valeur sociale et humaine qu'est
l'éducation de la jeune génération. Il souhaitait qu'ils s'y attellent par leur
exemple personnel, par leur conduite. Qu'ils "éduquent" leurs élèves,
dans le petit espace qui leur est dévolu. Seule cette voie pourrait porter les
fruits attendus. Et les parents eux-mêmes n'en sont pas dispensés. Que personne
ne se "défile". Que personne ne paresse sur ce point. L'œuvre
éducative dans son essence est un travail de longue haleine où chacun doit
jouer son rôle. "Et que nul ne se leurre, ajouta-t-il. Que nul ne pense
qu'il pourra, seul, la mener à bien. Ne joue donc pas le rôle du
"commissaire", ce rôle bien connu dans les régimes totalitaires,
dit-il à Roni, qui l'écoutait bouche bée. Souviens-toi que cette tâche repose
sur nos épaules. Sur nous tous. Nous nous devons tous de pratiquer cet
"enseignement" du Bien. Nous avec nos enfants. Vous avec vos élèves.
Chacun dans son petit espace. Souviens-toi de ce que disait Rabbi Tarphon : "
"Tu n'es pas obligé d'achever le travail, mais tu n'es pas
libre de t'y soustraire ".
Rabbi Tarphon disait : La journée est courte et le travail considérable. Les ouvriers
sont indolents, cependant le salaire est important et le maître presse. Il
disait : Tu n'es pas obligé d'achever le travail, mais tu n'es pas libre de t'y
soustraire ". In "La Maxime des pères" (Chap. II,
20-21, Paris, 1983)
"רבי טרפון אומר היום קצר והמלאכה מרובה והפועלים
עצלים והשכר הרבה ובעל הבית דוחק : הוא היה אומר לא עליך המלאכה לגמור ולא אתה בן
חורין ליבטל ממנה"
03/02/2009
Pirkei Avot
Rabbi Ismaël disait : "Celui qui étudie pour
enseigner…"
Sur un texte de Michel de Certeau
Par le D"r Reuven (Roger) Cohen
"L'organisation des pratiques sera plus forte que le
système de représentations dont elle assure la circulation ou le maintien. Cela
se décèle, on l'a vu, dans le processus qui substitue le primat des pratiques à
celui des croyances". Michel de Certeau, "L'écriture de l'histoire,
Paris, 1975, p. 233".
"Au deuxième bouton. Il donnera naissance à un nouveau
sarment ".
Je serrai les branches du sécateur dans ma main à
l'endroit que Tino
m'indiquait et dépouillais la vigne d'un de ses sarments.
A la fin de la taille, nous en ferons, sous sa direction, un grand feu dans un
des coins éloigné de la vigne, afin d'éliminer tout danger de prolifération
d'insectes nuisibles pendant l'hiver.
"Comment sais-tu tout cela Tino, lui demandais-je,
tu as appris la viticulture en Italie ?"
Il éclata de rire "En Italie, j'étais étudiant comme
toi. Je ne connaissais de la vigne que le bon vin qu'elle donne ! Non, j'ai
appris tout cela par la pratique ! J'ai lu les livres, les brochures
d'enseignement qui s'y rapportent. Comme toi, j'ai travaillé sous la direction
du responsable d'une vigne qui m'a enseigné les petits trucs, que seul un viticulteur
chevronné comme lui, connaît. Lui aussi a appris le vrai métier par la pratique,
quoique lui ait étudié dans une école d'agriculture pendant quelques mois avant
de faire son Alya. C'est en m'enseignant la culture de la vigne qu'il s'y est
perfectionné. Ne ris pas, c'est ainsi. Moi aussi en te l'enseignant, je
découvre encore d'autres techniques. Cela me permet de la cultiver mieux
encore. Bon, ce n'est pas tout de parler, il faut aussi travailler. La pluie
arrive."
Au bout de quelques minutes, elle était là.

Nous allâmes
nous abriter sous le toit de la petite baraque, qui faisait office de hangar où
nous déposions les outils et
la sulfateuse. Tino sortit de sa petite musette un
thermos, deux tasses d'aluminium et m'en remplit une de café fumant.
C'était une de ces pluies d'automne où les brusques
averses sont épaisses mais courtes. Jamais méchantes. Le temps d'une petite
pause café. Il faut en ces moments là savoir se taire et écouter. Se recueillir
et savourer.
Je pensais à ces jeunes agriculteurs des années 40 et 50
du siècle dernier, qui s'étaient installés en communautés pour vivre de cette
terre et qui, comme "Les Compagnons du Tour de France", apprenaient
leur métier en le pratiquant sous la surveillance d'un Maître, avant de faire
un stage dans une ou deux des communautés sœurs, pour se perfectionner.
Je me dis que la mise en pratique de leur idéal devenait
plus importante alors que les croyances qui le composaient. A ce stade des
choses, les pratiques véhiculaient les croyances et assuraient leur solidité,
et non le contraire.

Je comprenais encore
pourquoi les Profs de Sciences politiques et Sociales, abandonnaient l'Université
pour la Politique ou pour l'aide aux communautés sociales en difficulté. Je
comprenais combien 68 avait changé les idées et les conduites parmi les
Enseignants - et non seulement parmi les étudiants. Il leur parut alors qu'il
leur manquait la mise en pratique de leurs recherches et de leur enseignement.
Cette mise en pratique sans laquelle celui-ci demeurait lettre morte. Ils
demandaient, en ce sens, à refaire la Révolution, mais à la manière que Maô et Le
Che l'avaient faite.
Perdu dans mes pensées, je n'avais pas senti que la pluie s'était
arrêtée et que Tino était retourné au travail. Je bondis de mon petit tabouret
de bois et courut à ma rangée. "Tu aurais dû me faire signe lui dis-je !"
"Pourquoi, me répondit-il en souriant, je t'enseigne
le travail de la vigne, non la discipline du travail à
la vigne. Celle-là,
tu l'apprendras par la pratique, une fois qu'à ton tour tu enseigneras
l'entretien des pieds de vigne à un "néophyte". Car sans discipline,
pas d'études ni d'enseignement possibles. A plus forte raison pas
d'accomplissement de la chose étudiée et enseignée. Sais tu ce que dit Rabbi
Ismaïel à ce sujet ? Lui, il pensait,
bien entendu, principalement à
La
Loi. Mais la chose est valable pour tout enseignement".
Tino, en plus de son travail à la vigne, donnait des
cours de Judaïsme, le soir, aux membres intéressés de son Kibboutz. La chose était
assez courante dans ces communautés où l'étude et le travail étaient
inextricablement liés.
Je lui signifiais par un mouvement de tête que je n'en
savais rien. "Il disait, reprit Tino, Celui qui étudie pour
enseigner, parvient à s'instruire et à enseigner. Et celui qui étudie pour
accomplir ce qu'il étudie, parvient à s'instruire, à enseigner et à accomplir
ce qu'il a étudié."
"רבי
ישמעאל אומר הלומד על מנת ללמד מספיקין בידו ללמוד וללמד. והלומד על מנת לעשות
מספיקין בידו ללמוד וללמד ולעשות. (פרקי אבות, פרק 4, 6).
J'ai lu avec un grand intérêt cette maxime, fruit de la vue perçante de Rabbi Ismaël et si bien décrite par notre ami
Roger, avec citations à l'appui. Camus
09/02/2009
Pirkei Avot
"Ben Zoma disait : Quel est le
véritable héros…"
Par le Dr. Reuven (Roger) Cohen
Sur un texte de Sénèque :
"Pas un ne se demande s'il vit bien,
mais s'il aura longtemps à vivre. Cependant tout le monde est maître de bien
vivre ; nul, de vivre longtemps."
(Sénèque, Lettres à Lucilius, Livre Troisième,
Lettre 22, 17, Paris, 2007).
Marcel avait
la meilleure Boulangerie
et Pâtisserie de la rue des Rosiers.
On se pressait, dès les premières heures
de la journée, devant sa porte, et le vendredi, le dernier de la queue devait
patienter plus de dix minutes avant d'être servi, tant les clients achetaient de
halot et de gâteaux pour le Shabbat. Le commerce marchait bien, la clientèle
était fidèle, la patronne satisfaite derrière sa caisse, les serveuses au
comptoir sympa et rapides. Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des
mondes, si Marcel ne souffrait d'un gros défaut qui lui rendait la vie
difficile et faisait de celle de ses ouvriers un véritable cauchemar : Marcel
était coléreux. Et malgré les prières de sa femme et les conseils de ses
docteurs, il se refusait d'avaler ces médecines qui "abrutissent",
selon lui, les coléreux. Il soutenait qu'il était coléreux comme un autre est
paresseux, et qu'il avait de bonnes raisons de l'être. "Que les ouvriers
et toi-même ne traînent pas, répondait-il, et que vous exécutiez mes ordres à
la lettre ! Comment veux-tu faire marcher ce bazar sans cela ? Il faut un
capitaine à bord, un seul !"
Pure invention de sa part. Imagination
quasi maladive, puisque la Boulangerie se mettait au garde-à-vous chaque fois
qu'il ouvrait la bouche.

En vérité, ses
colères le prenaient soudain et sans raison. Il explosait alors comme un
volcan. Oui, mais les volcans en général annoncent leur irruption. Certains signes
précurseurs permettent aux humains et aux animaux de fuir, de chercher refuge.
Mais au pétrin ou au comptoir, point d'abri face à la surprise ! Il fallait
courber la tête, se recroqueviller sur soi-même et attendre que passe
la tempête. Il fallait de
plus se protéger que les projectiles, que dans sa rage il ne manquait pas de
projeter, ne t'atteignent. Miro le jeune mitron, en avait fait les frais quand,
paralysé par la peur, il reçut une miche qui venait de sortir du four. Il
fallut toute la douceur et le billet que lui glissa Rose, la patronne, pour
qu'il ne se rende en pleurs chez ses parents.
La chose ne pouvait pas continuer ainsi.
La révolte grondait à la Boulangerie et les ouvriers avaient annoncé à Madame
Rose qu'ils "montaient au feu" et qu'ils allaient se plaindre à leur
syndicat. Rose, en pleurs, leur demanda deux ou trois jours de délai pour
régler ce problème, et qu'en aucun cas la Boulangerie n'en souffre.
Mais la Boulangerie en souffrait déjà.
Toute une fournée avait brûlé lors d'une irruption, et le lendemain, les
clients s'étaient plaint que le pain
avait un goût légèrement aigrelet, comme si le levain avait tourné.
Rose se souvint alors "de la
mayonnaise qui tourne". Sa mère lui avait raconté que lorsque la ménagère
est fâchée, sa mayonnaise tourne. Des énergies négatives agissent alors sur les
mets préparés par elle. "C'est ce qui nous arrive avait dit Rose à Marcel".
Mais celui-ci la traita de superstitieuse et de psychologue de deux sous et lui
demanda de le laisser tranquille. De peur qu'il n'explose de nouveau, elle se
tut et décida d'aller consulter son oncle, le Rabbin, que Marcel respectait
plus que tout autre.
Le Rabbin l'écouta avec attention.
"Envoie-le moi, Rose, ma fille, lui répondit-il".
"Il ne voudra pas venir et explosera
en sachant que je suis venir prendre conseil auprès de vous, lui
dit-elle".
"Dis-lui que je voudrais lui parler
d'affaires. Il viendra."
Il vint.
"Comment vont les affaires Marcel,
Lui demanda-il ?"
"Très bien, mon oncle, lui répondit
Marcel."

"Dis-moi, mais
réfléchis bien avant de répondre. Qu'est-ce qui va mieux, les affaires ou ta
santé ?"
Il se dandina sur son siège, hocha
plusieurs fois de la tête, et à la fin il répondit : "Les affaires, mon
oncle. Ces derniers temps je suis un peu tendu et porté à m'énerver pour un oui
ou pour un non !"
"Alors que tu ne sais pas combien
de temps t'est donné à vivre, car aucun de nous ne peut le savoir, tu fais
passer les affaires avant ta santé, avant que de bien vivre. Et alors que les
affaires se portent bien, elles, tu leur consacres ta santé, tandis
qu'elles-mêmes ne font rien pour toi ! On appelle cela du 'Fétichisme', de
'L'Avoda Zara'! Et cela pourquoi ? Parce que tu n'es pas capable de surmonter
ton avidité du gain, tes bas instincts et tes colères ! Sais-tu ce que disait
Ben Zoma à ce sujet ?
Il disait : 'Quel est le véritable héros
? C'est celui qui sait vaincre ses passions'." (Pirkei Avot, Chap. 4, 1).
"בן זומה אומר [...] איזהו גיבור
הכובש את יצרו" (פרקי אבות, פרק 4, 1).
20/02/2009
Pirkei
Avot
"Rabbi
Eléazar, fils d'Azariah disait : Sans pain…"
Par le
Dr Reuven (Roger) Cohen
Sur un poème d'Eugène Pottier:
"C'est assez languir en tutelle,
L'égalité veut d'autres lois,
Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Egaux, pas de devoirs sans droits
!"
(Eugène Pottier: "L'Internationale, 3ème strophe, Paris,
Juin 1871")*
Vêtu d'une légère chemise blanche à
manches longues qu'il portait sur un long pantalon noir, il avait l'allure par
cette chaleur, d'un gentleman égaré. Mais son large chapeau de paille et ses sandales
de caoutchouc le situait sur cette plage qu'il parcourait, aller et retour, une
caisse frigorifique pendue à son épaule en criant à tue-tête "Artic,
Kartiv, glaces et rafraîchissants!" En général, les vendeurs ambulants de
glaces ne dépassent pas
la
trentaine. Lui devait avoir plus de 60 ans et semblait animé
d'une énergie de jeunot.
Les estivants allongés sur la plage
semblaient le connaître. En achetant leurs esquimaux, certains échangeaient
avec lui quelques mots, d'autres lui serraient la main, d'autres encore le
retenaient un instant.
"Qui est-ce, demandais-je à Mikhal
?"
"C'est Rebbe Haïm, me
répondit-elle, un sage entre les sages, mais un peu particulier ! Attends, je
vais te le présenter". Elle lui fit signe, non sans avoir auparavant jeté
son paréo sur ses épaules. Je la fixais tout étonné de son geste. "C'est
pour le respecter, me dit-elle. Il travaille sur la plage depuis de nombreuses
saisons. C'est un Rébbé. Mais un Rébbé pas comme les autres".
Il s'approcha de nous et Mikhal lui
demanda des esquimaux et me présenta. "Rebbe Haïm, je vous présente Roni, un
ami de Beer-shev'a, lui dit-elle. Il est venu me rendre visite car la plage lui
manque. Je lui ai dit qu'il gagnerait à connaître un homme "sage"
comme vous !"
Il me serra la main, et sous les pans de
sa chemise, je vis qu'il portait les "Tsitsiot", ces mèches de fils
tressées que portent les religieux.
"Comment se fait-il qu'à votre âge
vous travaillez dans ce genre de travail harassant, lui demandai-je ?"
"Il est écrit : 'Tu gagneras ton
pain à la sueur de ton front', me répondit-il, et il me tendit l'esquimau. Les
papiers au panier, ajouta-t-il en souriant, comme pour clore l'entrevue".
Mais j'insistais.

"Cependant,
les Rébbés de votre âge que je connais, ne travaillent pas ainsi ! Ils enseignent,
par exemple, quelques heures par semaine et reçoivent pour cela un petit
salaire des Institutions religieuses de leur localité. Ceux qui vivent de cette
manière ne se comptent pas par dizaines, mais par centaines !
Il ôta ses lunettes de soleil, plongea
son regard dans le mien, et répéta en insistant d'un mouvement de son indexe :
"Il est écrit : 'A la sueur de ton front' ! Tout le reste est affaire
d'interprétation, de 'sages commentaires' qui s'éloignent de ce qui est écrit
dans Notre Livre Sacré".
J'eu un haut le corps. J'étais en
présence d'un Rébbé qui, par son conformisme, son attachement à "La
Lettre", parlait, toute distance respectée, comme parlait Luther il y a un
demi-millénaire !
Il demandait de revenir au Texte Ecrit et
de le respecter tel que nous l'avons reçu. Il bousculait cette tradition, plus
de deux fois millénaires, de La Thora transmise par l'Ecriture et de La Thora
transmise par La Parole, toutes les deux reconnues comme valables. Je voulus ajouter
quelques mots, mais il me fit un petit signe d'adieu et s'éloigna.
"Ce Rébbé
est un Révolutionnaire, dis-je à Mikhal. Les Révolutionnaires, les Jacobins, eux
aussi, demandaient de retourner et de s'appuyer sur l'Ecrit et non sur
l'Interprétation de l'Ecrit.
C'est ainsi que, de Révolution à Révolution,
prisonniers de leurs codes, de Journées Révolutionnaires à Journées
Révolutionnaires, répétant un rite inchangé en France, ils sont parvenus au
désastre de La Commune de Paris !"
"Je ne sais pas si Rebbe Haïm est un
Révolutionnaire ou pas, me répondit Mikhal. Mais c'est de lui que je tiens ce
trait de sagesse qui fait du Travail la condition sine qua non de la Thora, et
de la Thora celle du Travail. C'est ainsi qu'il agit, et c'est sa conduite qui
me le fait respecter. Il répète, à qui veut bien l'entendre, cette maxime de
Rabbi Eléazar, fils d'Azaria: "Sans pain point de Thora, sans Thora point
de pain".
"רבי
אלעזר בן עזריה אומר [...] אם אין קמח אין תורה אם אין תורה אין קמח"
(פרקי
אבות, 3, 21).
*
Le Jacobin Eugène Pottier avait 55 ans, quand, ayant participé aux combats de
la "Commune",
il se cacha dans une cave pour fuir les massacres perpétrés par les Versaillais
.C'est là qu'il écrivit ce poème qui deviendra "L'Internationale". ("M. Winock et J.-P. Azéma, Les
Communards, Paris, 1964").
03/03/2009
פרקי אבות
"עתרת זקנים בני בנים"
מאת ד"ר ראובן (רוג'ר) כהן
על טקסט של סנקה : "Nemo tantum praesentibus est"
("איש אינו אומלל רק בגלל ההווה")
"החיות, בראותן את הסכנה,
נסות לנפשן. ברגע שהן התרחקו ממנה, הן שבות לרגיעה. אנחנו, לעומתן, מכרסמים את
נפשנו גם לגבי העתיד וגם לגבי העבר [...] הזיכרון מביא עמו את סבל החרדה, וראית-הנולד
מקדימה אותה. איש אינו אומלל רק בגלל ההווה". (מכתבים ללוסיליוס, V,9)
מנחם הגיע לגמלאות בהתרוממות
רוח לא מובנת לחבריו, לאשתו ולבניו.
בדרך כלל הסביבה, העמיתים בעבודה
ובני המשפחה, לא יודעים מה לעשות על מנת לסייע למועמד העובר למעמד מעציב זה, כדי
שלא יקרוס תחת הזעזוע המתרחש מן היום למחר. בדרך כלל, על אף כל התוכניות הססגוניות
לגבי העתיד הורוד שהם מרבים לצייר לפניו, העוזב את החיים הפעילים והדינאמיים ל"טובת"
החיים הסבילים, יוצא אל מעמדו החדש כנדון למוות בגין גילו. עצוב הדבר.
קל וחומר אם אשתו עדיין "פעילה"
וקמה כל בוקר לעבודה. בדרך כלל, בימים הראשונים לצערו, הוא עדיין סוחב בכבדות את
נעלי הבית שלו אל שולחן ארוחת הבוקר. בטוב ליבה היא מקפידה להכין כל בוקר, כבעבר ועבור
שניהם, את מה שפעמים כה רבות סעדו בו את ליבם לפני היציאה לעבודה. אבל, כעבור מספר
ימים, הוא מתחיל לראות במחווה הזאת התאכזרות מצידה. לרבות כשהיא ממהרת. אזי, הוא מתבונן
בה במבט כבוי, היא כולה מחויכת בשמלתה המחמיאה לה, והוא שותק, שקוע במועקה הכבדה מנשוא.
כעבור זמן קצר, הוא כבר לא
מלווה אותה בקפה של הבוקר וממשיך לרבוץ במיטתו כשהוא טוען מול הניעור שהיא מפעילה
עליו, שהוא לא עצם עין מכל הלילה. חיש מהר, מתחילה ההידרדרות חסרת הרחמים, זו אשר משחיתה
כל שביב של אנרגיה שנותרה בו. התנהגותו מתחילה להדאיג אותה. היא פותחת את ליבה אל הבנים.
אולם, גם הם ניצבים חסרי אונים מול סירובו לכל הצעה לפעילות שהם מציעים לו.
כך היה מצבו של עזרא, עד אשר
הוא פגש את מנחם.
פגש אותו פגוש אל פגוש. הוא התנגש
במכוניתו מאחורה, במעבר חצייה, יצא ממכוניתו כולו זועף ונכון לקרב, ומצא לפניו גבר
בגילו מחייך ורגוע. "האם הכול בסדר אצלך, שאל אותו מנחם. עזוב את הרכב. זה
משני ולא קרה לא כלום ! מה אתך ?"
עזרא ניסה להשחיל מילה, אך
מנחם קטע אותה ועוד היא באיבה. "נכון אתה לא אשם, אמר לו, איך אפשר לנחש שנהג הרכב שלפניך יבלום בפתאומיות
כזאת! אבל, העיקר שהולך הרגל עבר בשלום וששנינו בריאים ושלמים. בוא אני מזמין אותך
לכוס לימונדה קרה וטובה בבית הקפה שבצומת. יש תמיד חנייה לידו". עזרא רצה
לסרב ולומר לו שהוא ממהר, אבל מנחם כאילו קרא את מחשבותיו, אמר לו :" ואל
תומר שאין לך זמן ! בגילנו יש לנו כל הזמן שבעולם!"
ישבו בבית הקפה מול קנקן של לימונדה בו צפו פלחי
לימון וקוביות קרח, ואז לראשונה, עזרא דיבר. רק לאחר הלגימה הראשונה, שמנחם נראה
נהנה ממנה כאילו הייתה זו לגימת של שמפניה מעולה, הוא דיבר. הוא הציג את עצמו:
"שמי עזרא ואני גמלאי. כבר חודשיים אני גמלאי."
"אז אתה עושה חיים, ענה
לו מנחם ! רק אנחנו, הגמלאים, יודעים לעשות חיים ! מה אתה אומר על הכיף שנפל
בחלקינו ?" עזרה לא ענה והוריד את ראשו, כה צערו הכביד עליו.
מנחם התבונן בו בדאגה מהולה בקורטוב
של חיבה, ושאל אותו "מה אתה לא בקו הבריאות או שמא קרה אסון במשפחה ?"

דלי של מים צוננים נשפך על
ראשו של עזרא בשמעו את שאלתו של מנחם. הוא הרים את הראש, כאילו הקיץ מאיזה סיוט בו
היה שקוע בשבועות האחרונים. הוא התעורר להכרה שהוא בריא בהחלט (לבד מיתר לחץ דם
מפאת חוסר פעילות גופנית, ומכולסטרול ועוד כל מני שטויות לא חשובות) ושכל בני
משפחתו, בנים, ונכדים והמשרתים בצבא, בריאים ושלמים. הפנסיה שלו טובה ואין הוא
מבין מדוע הוא מאמלל את עצמו לשווא! הוא נזכר בתרגיל שערכו בסדנה להיסטוריה כשלמד
באוניברסיטה. קבוצת הלימוד הייתה אמורה לבנות מחדש את מערכת החלטות של שלושת
הגדולים בועידת ילטה, שעיצבו את חיינו במשך עשורים ארוכים. ואולם, אנו התלמידים חשנו
שהתקופה הזו לא נוגעת לנו. "אנו בונים מחדש את העולם, אמר לנו המנחה, ודנים בשגיאות של אלה שעיצבו אותו. זהו עניין מרתק !
הם שגאו בגדול. ואנחנו נצליח בקטן". עכשיו, אמר עזרא לעצמו, אני נוהג כאילו
התקופה שלפני היציאה לגמלא נוגעת לי עדיין כי הצלחתי בה בגדול, וזו שאני חי היום
לא שייכת לי ואני שוגה בה כל יום בקטן, שגיאות לא חשובות שסוחבות אותי אל פי התהום.
הוא נעץ במשך דקה ארוכה, כולו
מהרהר, את מבטו במבטו של מנחם. מי זה המלאך הזה, אמר לעצמו, שבא להציל אותי מהמוות
המתמשך, ואני עודני חי ? חיוכו של מנחם הזמין את תשובתו. "אני בריא בהחלט
ובניי ונכדי גם, ענה לו עזרא !"
"אז מדוע המרה השחורה הזאת
שאתה שקוע בה, אמר לו מנחם ופתח את כפות ידיו בתנועה של נתינה להדגיש את מהות
שאלתו. אולי הנך משתעמם ?"
עזרא הניע את הראש ל-'כן' עצוב.
"אתה נהנה או לא מהזמן
שהוא כולו שלך עכשיו ?"
שוב עזרא הניע את הראש, הפעם
ל-'לא' מדוכדך.
" למה, המשיך מנחם ? קרוב
לוודאי שאתה מתגעגע לזמן בו הייתה 'פעיל' ?"
שוב תנועת הראש, הפעם לסימן של
'כן', על סף הדמעות.
"אבל הזמן הזה חלף הלך והוא כבר לא קיים, אמר
לו מנחם בקול מלטף. החלק הזה שתרמת מחייך,
הוא כבר לא שייך לעבודה ולא לפרנסה שדרשה עוד ועוד ממנו. גם לא לגידול הבנים ! הוא
כבר כולו שלך ! התנער מהעבר ! שכח את התקופה בה היית לחוץ להתקדם בעבודה ולהרוויח יותר.
אל תאמלל את הווה שלך בגלל זיכרון העבר. זמנך עכשיו הוא כולו שלך ! אף אחד לא יכול
לדרוש אותו ממך. האם אתה מדמיין לעצמך כמה אתה עשיר ? כמו כן, אל תחשוב על המחר,
כי גם הוא לא שלך ! תחיה את ההווה והפוך אותו להנאה יומית. תפיח בו משמעות חיים
חדשה ! משמעות המתאימה לגילך ולמעמד שלך במשפחה ובסביבה. הרי אתה סב לנכדים, הווה
אומר לבנים של הבנים ! אתה מתאר לעצמך
איזה עושר נפל בחלקך ? איזה מעמד ועוצמה יש לך במשפחה ובסביבה שלך ? כל זאת כמובן
אם אתה יודע להתנהג בהתאם ! קרא בפרקי אבות את מה שנאמר על 'עתרת זקנים'."
המשיכו לדבר. עכשיו עזרא היה נוטל
חלק יצירתי בשיחה. הוא נהנה מכל מילה שהוא אמר, מכל רעיון שהוא תרם, מכל מחמאה
שמנחם עשה על רמת ידיעותיו ועל עושר האינטונציה שלו. דיברו על החיוך, כמה גדולה
היא חשיבותו בייצוב שלום בית והשלום בין הבריות.
עוד דיברו על הנתינה שהיא חלק בלתי נפרד מהקבלה. דיברו על הרגעים של האושר
שעליהם יש לנו זכויות יוצרים יחודיות, על הכעס ועל החמלה, על הפעילות העצמית שהיא
טעם החיים, על האהבה, ונפרדו בחמימות בקובעם להיפגש למחרת, יום שישי, בצהריים, כשהעיר
סואנת ותוססת "וכיף ליטול חלק בחגיגה הזאת, אמר לו מנחם, בחיוך רחב".
השעה הייתה כבר צהריים, שעת הארוחה הרגילה
שלו, בודד במטבח, כשהחום היחידי בו הוא זוכה, הוא חום התנור לחימום הצלחת שאשתו
השאירה לו במקרר. הוא שם את רגליו לכיוון רחוב יהודה המכבי, בו בתי הקפה מתחרים במסעדות
על פינה בשמש על המדרכה. מילותיו של מנחם הדהדו עדיין בראשו. מדוע לאכול לבד ככלב,
אמר לעצמו, וישב ליד שולחן. הזמין מה שהרופא אסר עליו לאכול למניעת הגברת אחוז הכולסטרול שבדמו, ליווה את השיפודים
העסיסיים בכוס בירה צוננת, ועם חיוך רחב על שפתיו הסתכל על הולכי והולכות הרגל
בהנאה רבה. "סבא, קרא לו דני, נכדו, מהמדרכה שממול. הוא היה מלווה באחת
מהתלמידות מהתיכון השכן בו הוא למד".
עזרא עשה לו סימן לבוא אליו. "מה אתה עושה כאן, סבא, שאל אותו דני בהשתאות ?".
עזרא ענה לו בתנועת יד סתומה והזמין אותם לשבת. "או קאי, אבל לא להרבה זמן,
סבא, אמר לו דני והציג את חברתו ליאור. בעוד שעה יש לנו שיעור". "זה זמן
סביר לארוחת הצהריים, אמר עזרא". "תודה, אבל לא התכוונו".
"אבל אני מתכוון ומבקש מכם להעניק לי את הכיף הזה לאכול צהריים אתכם !"
מזמן לא נהניתי כל כך, חשב
עזרא, לאחר שנפרדו והוא לוגם את האספרסו הקצר האסור, כולו קורן מאושר. מנחם הזה
הוא מלאך.
הוא טייל עוד שעה ארוכה באזור, בו לא ביקר
יותר מעשרים שנה, ויתר על זמן מנוחת הצהריים היומית, המטמטמת בדרך כלל את חושיו
בהקיצו ממנה. הרהר והרהר, ועודו משוטט החל לקבל החלטות על אורח חייו. בסביבות השעה
שלוש חזר למכוניתו ונסע הביתה.
אשתו, באה לקראתו רועדת מדאגה וספרה לו
שהתקשרה כבר לבנים, כשדני הנכד טלפן אליה וסיפר לה שהוא אכל איתו. "לא
רק שאכלתי עם נכדי ועם החברה החמודה שלו, צהל בחיוך רחב עזרא, כי אם נהניתי כפי
ששנים רבות לא נהניתי"! אשתו התבוננה
בו בפליאה. "קרה משהו היום שאלה אותו ?" "כן ענה לה עזרא, היום
פגשתי מלאך."
פקחה את עיניה, אבל הוא קטע את השיחה
ופנה לחדר העבודה, בו ריכז פעם כלים לנגרים ואחל להתעסק בהם. אשתו באה אליו וניסתה
לדובב אותו לשיחה. מה פתאום הוא מתעסק במקדח ובעץ, שאלה אותו ? הוא ענה לה שוב
"היום פגשתי מלאך" וחזר למדידות שלו.
הוא היה במצב רוח מרומם כל הערב, טלפן
לבת, אחרי שלא דיבר אתה חודשים, שאל מה שלום התאומים, שוחח ארוכות אתה, ודאגתה של
אשתו גברה מרגע לרגע. הוא שמע אותה מטלפנת לבן במתח רב על מה שקורה לאבא. אבל הוא
צפה בעניין אמיתי בשידור המשחק בין מכבי תל אביב לריאל מדריד, חייך בהנאה מהשיחה
בין אשתו לבן, הרים את כתפיו בביטול והתרווח על הספה.
השתוממותה הגיעה לשיאה, למחרת בבוקר,
בראותה שהקדים קום. מוכן ולבוש ליציאה, היה עסוק בהכנת קפה לשניהם. "לאן זה
מוקדם כל כך, שאלה אותו" ? "לספרייה של בית אריאלה, ענה לה, עלי למצוא
קטע בפרקי אבות". "מה בינך לבין פרקי אבות, המשיכה, ומדוע לבית אריאלה
ולא לספריית האוניברסיטה הקרובה יותר !" "כי בית אריאלה קרוב יותר לאזור
בו אני מתכוון לטייל קצת היום, ענה לה".
היא לגמה את הקפה שלה, כולה מהורהרת
ושותקת.
ואז בין שפתיה, כאילו לעצמה, "אני
חושבת שגם אני אצא לפנסיה, אם עוברים את הזמן בטיולים, בספריות ובמסעדות ".
"אני מאוד ממליץ לך, ענה לה, משועשע".
"רבי שמעון בן מנסיא משום רבי
שמעון בן יוחאי אומר [...] תאפרת בחורים כוחם והדר זקנים שיבה ואומר עתרת זקנים
בני בנים ותפארת בנים אבותם ", (פרקי אבות, פרק VI, 8).
22/04/2009
עבודת שורשים
המורה של נכדי גל, ביקשה מהתלמידים לכתוב עבודת שורשים. גל בא לשאול אותי שאלות ועניתי כמיטב יכולתי וזכרוני. הצעתי לגל, עוד מעט בר-מצווה, לעיין בבלוג שלי, כאן.
גל נכנס למחשב שלי והעתיק מהוורד, כעשרים דפים והוא צירף אותם לחוברת "שורשים".
המורה התלהבה מאוד ממה שקראו עיניה והזמינה אותי לבוא לקרוא לתלמידי הכיתה את הזכרונות שלי.
האמת, אני מאוד נרגש.
הדבר קרה לי גם לפני שלוש שלוש שנים, עת שמורה בית בספר תיכון בצרפת ביקשה ממני לקרוא בפני תלמידי כיתתה, אחד מהחיבהורים שלי.
אלא שהפעם, אני צריך לעמוד מול התלמידים, לספר על יהדות טוניסיה.
27/10/2009
פרשת לך לך, לזכרו של אבי רחמין בוכניק בן לאויזה וכמוס
עליית
הוריי ובני משפחתי ארצה התעכבה חמש שנים, מיום הגיעי ארצה ועד שנפתרה הבעייה, ברוך
השם.
בשנת
1956 עליתי ארצה, במטרה להגשים שאיפה חלוצית, להתישב בארץ ישראל. אז נודע לי שבני
ביתי מסורבי עלייה מכיוון שאבי הגיע לגיל 45, - תכתיבי הסוכנות היהודית לעלייה
סלקטיבית גרסו שבן 45 אינו יכול לפרנס את משפחתו -, ועל כן אבי היה זקוק למיסמך
אפוטרופוסות שלי, שבו אני מתחייב להיות עמוד התווך למשפחתי. נעצבתי והתעתשתי. נעצבתי מפני שאבי הושפל, שכן בגיל הזה אדם נחשב
צעיר ובמלוא אונו. התעתשתי, מפני שאני מסוגל להעניק למשפחתי את תרומתי : כבוד
ההורים עומד מעל הכל, והכל חייבים לעשות, על מנת שכבודם לא יפגע.
כבד את אביך ואת אימך למען יאריכון ימיך על האדמה אשר ה' א-לוהיך נותן לך. (שמות כ, יא)
החילותי
לטפל בעניין באמצעות הקיבוץ בו שהיתי, פניתי למזכיר הפנים, ולזה הבא אחריו, ולשלישי.
בהיותי בשרות סדיר, נראה לי שזו הדרך. נאמר לי שהנושא בטיפולו של יו"ר המועצה
האזורית . עברו שנים, עד שהמזכיר האחרון, אדם פשוט וישיר אמר לי בשבוע חופשה רגילה
שלי, שהסמכות לנושא נמצאת בידי מזכירות
הארצית של הקיבוצים ולא בידי המשק עצמו.

על כן, נסיעה לתל-אביב חשפה בפניי שבאופן
עקרוני, על מנת לא לחזק את עמדת הסוכנות היהודית, הקיבוץ שמתנגד לעלייה סלקטיבית
מסרב לתת מיסמכים כגון זה שביקשתי, אפוטרופוסות. הוצע לי לבקש מקרובי משפחה להתערב
ועל בטוח העניין יסודר במהרה.
ובכן
נסעתי לדימונה לדוד מאיר. אבל בהיכנסי לביתו, פי נסתם ולא אמרתי כלום. מה אני ילד
? בן 21 מבקש עזרה מדודו ? איזה גבר אני ? סיפרתי לדוד ולדודה שהייתי במעבר
ונכנסתי. למחרת, בדרך לקיבוץ, גמלה בי ההחלטה לעזוב ולעבור לעיר. קול בתוכי קרה : לך לך...
: וַיֹּאמֶר השם אֶל-אַבְרָם, לֶךְ-לְךָ מֵאַרְצְךָ
וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ .(בראשית,
לך לך, פרק יב, א)
ואילו
אני שמעתי קול שמצווה עליי : לך לך מהמקום הזה אשר אהבת אל מקום אחר, לחרותך...
השחרור
שלי מצה"ל היה בפברואר 1961. עוד לפני כן הודעתי על רצוני לסיים את הפרק הזה
בחיי. אנשים הממונים על המשק הפצירו בי להישאר עד אחרי הגיזום של הנשירים. מכיוון
שאין הרבה חברים בקיאים בגיזום נשארתי עד תום העבודה הזו שהסתיימה בעשירי למרץ. אז
נכנסתי למזכירה החדשה וחידשתי את הודעתי. למזכירה, - זה היה יומה הראשון בתפקיד,
שעתה הראשונה -, ואני באתי עם הבשורה הזו. היא פרצה בבכי. כנראה שאני אדם חשוב שלא
ניתן לוותר עליו, ואף על פי כן, הייתי חייב ללכת ובהקדם, על פי קול שצווה עליי : לך לך מהמקום הזה אשר אהבת אל מקום אחר לחרותך...
עוכבתי עוד עשרה ימים, - בהם לא עבדתי -, והם נרשמו כימי עבודות חוץ, בסידור
העבודה.
ההמתנה
הזו גרמה לי לחשוב שוב ושוב. מאוד אהבתי חיי קיבוץ. אני בעברי חניך תנועת הנוער
"דרור", הייתי בין המובילים בגרעין ההגשמה שהצטרף לקיבוץ. כשרבים התחבטו
בחבלי קליטה והתגעגעו למחמדי בית אבא על כל יתרומותיו, אני אמרתי דברים המיועדים
להרים להם את המורל ולשפר להם את מצב הרוח. נסעתי לבית אורן לבקש מהגרעין החדש
ששכן שם להצטרף אלינו, על מנת להוסיף לחיי הברה יותר תסיסות.
לא הגדה רעיי...
עברנו
את מלחמת קדש בכרית שוחות להגנה, שרנו ביחד עם המנצחים : לא הגדה רעיי... נפגשנו
עם גרעינים אחרים. עברנו סמינר קליטה באפעל בו למדנו על ארץ ישראל, ידיעת הארץ
ושעתיים עברית כל יום. לימוד העברית משמש כבסיס לכתיבתי היום. לא הייתי בשום בית
ספר אחר בנושא הזה. מיד עם קליטתי הפכתי לאחראי על מחסן התבואות. אין לכם מושג עד
כמה התגאיתי להרים על שכמי שקים מלאים שמשקלם נע בין חמישים ק"ג למאה
וחמישים. נהגתי טרקטור ומאוד נהנתי מהעבודה הפיזית, בדיוק כמו בזמן החלוצים
הראשונים.
הוכשרתי
כמנהל חשבונות ולמדתי מכך על כל ענפי המשק, ערכתי מאזן בתום שנה לתכנית המשק. עשינו
שרות צבאי בנח"ל, אבל עוד לפני כן התקבלנו כחברים וחגגנו את זה בטיול ברחבי
הארץ. מדן ועד אילת, שם שכבנו לישון על
חוף הים. היו זמנים חבר...
אהבתי
מאוד את חיי החברה, המסיבות ולא אשכח את שמחת כניסתנו לחדר האוכל החדש. וגם חגיגת
העשור לקיבוץ. אז, כתב לנו אבידור המאירי מחזה שהופק על ידי ועדת התרבות המקומית
והשחקנים היו חברים שלנו ואנחנו עצמנו. איך אפשר לשכוח. עבדתי במטע הנשירים, למדתי לגזום, הוצעתי לצאת
ללמוד בקורס למרכזי משק, לצאת ללמוד בסמינר למורים באורנים. ההצעות נדונו והתקבלו
באסיפה הכללית. נו. היה לי טוב בקיבוץ, הסיבה של עזיבתי היא כיבוד אב ואם...
כפי שתראו כל עכבה לטובה.
הביטוי כל עכבה לטובה נושא עמו מסר
מנחם ואופטימי : העיכובים בדרך סופם להביא ברכה. המילה עכבה היא מהשורש עכ"ב
שפירושו עצירה, התמהמהות.
הביטוי העברי מיוחס לחיד"א, רבי חיים יוסף
אזולאי, בן המאה השמונה עשרה.
בעשרה ימי העיכוב, נתבקשתי לקרוא, על מנת להתחזק את הבטאון
היוצא פעמיים בשנה, ושמו, מבפנים. אני הסתכלתי על מבפנים מבחוץ ובלעתי כמות גדולה
של רומנים, מכל הבא ליד. כתבתי מכתב להוריי שאני עובר לגור בדימונה.
ביום ראשון, 20 למרץ 1961, ארזתי את חפציי, נפרדתי לשלום
מהחברים והלכתי לדרכי. ביציאה מחיפה לכיוון דרום חיפשתי טרמפ ועליתי על משאית
מאחור. כעבור מספר דקות עלה לאותה משאית
טרמפיסט נוסף, - לימים שגריר ישראל בדרום אפריקה -, שהיה מוכר לי שנים. זהו אפרים פרידמן (בן חיים) הוא היה
שליח בצפון אפריקה והכיר אותה היטב, הרבה יותר טוב מכל אחד מאיתנו. הוא ארגן את
העלייה הבלתי ליגאלית ונכנס מספר פעמים לטוניסיה בשם בדוי. הוא שאל אותי על מעשיי,
ואני סיפרתי לו את הכל מאלף עד תו. על ההורים והמשפחה שנשארה מאחור, מדיניות
העלייה הבררנית של הסוכנות, על השנים שעברו ועל ההטרדה שבליבי.
- הסר מעליך דאגה יגאל
יקירי. אני יכול לעזור לך ומיד. הסוכנות היהודית בשליטת הפועל המזרחי, אמר. יש לי
חברים ביניהם. לגמרי במקרה, אני בדרכי לירושלים, היום אטפל בנושא. תוך כדי, שלף
פנקס ורשם נתונים, על פי הקראתי.
- תוך שבועיים יהיו לך בשורות טובות אמר המלאך הטוב שלי.
אני שואל אתכם : האם נפגשנו במקרה המלאך הטוב שלי ואני,
באותו בוקר של 20 למרץ 1961, במשאית שנסעה דרומה ושנינו טרמפיסטים, יושבים מאחור ?
האם במקרה עוכבתי עשרה ימים בקיבוץ עד שעזבתיו ? הכל מהגורל, ויש יד מכוונת. במקביל
לניסעתי דרומה, החלו הדברים לזוז. הנה כי
כן, בתאריך 29 לאותו חודש החילותי לעבוד בכיתן דימונה ובסופו של יום, התבשר לי
שמשפחתי עלתה ארצה, לדימונה ואני פגשתי אותם, האחים בדרכי מהעבודה חזרה ואת ההורים
בבית דודי.
אני מכיר תודה לאיש הדגול אשר סייע בידי לפתור את הפלונטר הזה.
בערב ט' בחשוון תשכ"ה אבי הלך לעולמו. הערב ים שני ט'
בחשוון, אני מתכנסים בביתי, כל המשפחה המורחבת בנים, בנות, חתנים כלות, נכדים
ונכדות לתפילת השכבה למענך, אבי האהוב. אלה מילים אחדות על מנת לאמר עד כמה
אהבתיך. תהיה נשמתך צרורה בצרור החיים, והשם יתברך ישמורך בצל כנפיו. אמן.
|