Athènes ou Jérusalem ?
Hanoukka ! Le miracle de la lumière
cachée au sein des ténèbres de la pensée grecque
Voici que s´approche la fête juive
des lumières et je me suis demandée comment j´allais partager avec vous ce
symbole de la Lumière ;
Fallait-il que je mette en ligne un
texte de nature historique qui explicite dans quelles conditions humaines ce
symbole de la lumière, résistance au coeur des ténèbres a émergé dans l´esprit
de l´homme ?
Un texte de nature politico-
philosophique aurait-il permis de mieux saisir ce qui s´est joué là dans cette
résistance contre les Grecs et ce qui se joue encore entre Israël et les
Nations?
Ou ai-je raison de prendre le risque
de proposer un texte de nature plus ésotérique et donc plus éclairant, bien
qu´il soit davantage empreint à la critique, voire à la dérision ?
Je vous propose quelques uns des
développements d´un cours que j´ai écouté sur la fête de Hanoukka, à
partir d´un enseignement du Maharal de Prague, Je pense être fidèle au
cours du Rav Raphaël Sadin mais en raison du fait que l´enseignement
entendu a fait corps avec la compréhension qui est la mienne, la manière de
vous le retranscrire n´est pas exempte d´une alchimie toute personnelle.
Selon la Tradition, la pensée
grecque est une pensée des ténèbres parce qu´elle est pensée qui, bien qu´elle
soit Intelligence du Réel, inaugure le Sujet pensant comme le centre du monde.
Le monde lui-même n´est pas porteur
de sens. Les choses sont comme elles sont et la modalité de la Connaissance
ne peut s´inspirer que de l´expérience. En quelque sorte, le monde ne dit rien
et c´est au Sujet, collecteur des données que lui offre le monde, de le
réorganiser pour lui donner un sens.
Cette intelligence fondée sur le
Réel, profondément descriptive et rationnelle est une sagesse certes, mais qui
enferme et limite et ne sait s´ouvrir au mystère du Divin.
Or c´est l´écoute du mystère qui
bouscule le Savoir académique et c´est le mystère de l´âme qui échappe à toute
emprise rationnelle.
A cette intelligence grecque qui
articule ses axiomes de vérités autour de la nécessité et du sujet, s´oppose
l´intelligence d´Israël qui est intelligence de la liberté.
Les vérités scientifiques et
philosophiques se marient mal avec la particularité du mystère du peuple juif
qui, en dépit d´une histoire épouvantable et ininterrompue de massacres et de
pogroms, n´a pas cessé de rester témoin d´une Tradition de l´Unité.
Au cœur de la nuit la plus profonde,
dans les tentatives les plus radicales de son extermination, le peuple d´Israël
n´a pas renoncé à la liberté qui est la sienne, celle qui consiste à lire le
monde comme un livre fécondé par la Parole divine.
Or la pensée grecque et leurs
héritiers aujourd´hui ne supportent pas que l´ordre de la nécessité puisse être
remis en cause par cette liberté d´Israël;
Liberté d´être lui-même, fidèle à
une Tradition ancestrale qui a résisté et résiste encore et toujours à tous les
impérialismes, nazisme, terrorismes et autres "isms" qui
aspirent à effacer jusqu´à son nom de la carte du monde.
Outre le fait que la survie d´Israël
dans un univers où les peuples lui sont très largement hostiles, témoigne que
le miracle est de l´ordre du possible, la pensée d´Israël est une pensée où
l´homme est en mesure de donner du sens aux ténèbres elles-mêmes.
Qu´est-ce à dire ? Et pourquoi le
Maharal de Prague considère t-il qu´Israël inaugure une pensée de la liberté
alors même que le Divin régit les mondes ? Comment saisir un tel paradoxe ?
Le Livre s´offre comme un chemin de
liberté et de Sagesse parce que la langue hébraïque invite le lecteur à
interpréter les mots, les lettres et les signes qui composent le texte et qu´il
raconte une histoire, bien infantile pour ceux qui ne la lisent qu´au premier
degré mais infiniment lumineuse pour ceux qui pénètrent dans le jardin de
l´intériorité profonde.
Cette liberté avec le Texte est née
très exactement lorsque la pensée grecque est devenu le schème de la mentalité
ténébreuse et qu´ «Aristote est devenu le bras armé d´Alexandre».
Ce que l´on appelle la Thora orale
est ce miracle qui permet de dire une parole qui reste ouverte aux sens
multiples à partir de la subjectivité des Initiés.
Le peuple juif est perçu comme un
danger pour les Nations et il l´est dans la mesure où il témoigne de ce qu´en
dépit des lois de la nature, l´Être est ouvert à la liberté intérieure qui le
met en relation avec l´Infini qui habite chaque homme.
Mais les Nations pétries dans une
mentalité qui ne se déploie que dans la dualité et l´opposition peuvent-elles
comprendre comme le disait Heidegger que la philosophie et autres sciences de
la formulation de l´être, sont occultations de la Présence et oubli de l´être ?
Peuvent-elles saisir qu´au cœur de
la subjectivité, c´est encore la parole divine que l´on entend… Dans la mesure
où les âmes qui l´entendent sont ouvertes à l´altérité de la veuve, des
orphelins et des étrangers ?
Une parole divine que les traditions
dans leur ensemble associent au symbole de la Lumière mais que le peuple
d´Israël est capable de réveiller au sein des ténèbres.
Oui, il faut savoir intégrer l´ombre
et la Lumière et ne pas seulement considérer que la lumière repousse
l´obscurité. Il faut être en mesure de considérer le malheur comme un
socle qui permet de grandir dans les épreuves. Il faut être amoureux des
signes et ne plus être tributaire des lois du monde et du Réel.
Il faut être libre de réaliser son
être profond et accueillir la lumière du Divin dans le visage de son prochain,
de celui-là même qui nous est le plus lointain et le plus étranger.
Et puisque c´est à partir des
pensées du Maharal que je me suis lancée dans cette écriture que j´aime tant,
permettez moi en guise de cadeau de Hanoukka, de vous offrir à nouveau cette
légende attachée au Maharal et qui est celle du Golem.
Selon
la légende, le Maharal a créé et formé de ces mains une créature vivante
"le Golem" suivant le mélange secret et sacré des 4 éléments du
Cosmos (la terre, l´eau, l´air et le feu) selon un mouvement circulaire liant
les quatre directions de la planète et bien sûr en prononçant des mots
secrets dans la langue sainte.
Sur le front du Golem
qui avait pour mission de protéger les juifs du ghetto de Prague, était
écrit le mot EMETH qui signifie VERITE.
Mais un jour, le Golem
perd la raison et n´est plus en mesure de remplir sa mission.
Le Maharal efface alors
la lettre Aleph inscrite sur le front du Golem et qui compose le mot Emeth, de
telle sorte que le mot qui apparaît est alors METH, qui signifie MORT. Et
la créature cesse de vivre.
Et voici une
interprétation possible de cette légende :
Le mot Emeth (Vérité)
est composé de trois lettres : l’Aleph, qui est la première lettre de
l´alphabet hébreu, le Mem qui en est la lettre centrale et le Tav qui est
très exactement la dernière lettre de l´alphabet.
Ne pourrait-on dire que
la Vérité ne peut se tenir du commencement de l´Univers jusqu’à la fin,
que si nous sommes capables de nous tenir dans son juste milieu?
Retirez de la Vérité, l’Aleph
de l´Unité et de la Lumière, et il ne reste que la mort (Met).
Je vous souhaite de merveilleuses
fêtes de Hanoukka et très bientôt, pour nos amis Chrétiens, une
merveilleuse fête de Noël.
Rachel Franco,
Israël – 10 Décembre 2009
חג אורים שמח