Ils connurent la misère jusqu’à la détresse. Ils vécurent des périodes de souffrances, de peines, de pauvreté, de maladies et de deuils. Dans le cimetière de Kinnereth sont enterrées beaucoup de victimes de leur communauté.


Les Yéménites trouvèrent dans un psaume du Cantique des Cantiques אעלה תמר la raison de leur Alya

Ils se partageaient en deux clans, les traditionalistes Dor Dorshé Thora et les Rikshim qui évoluaient plus vite et qui suivaient les nouveaux mouvements de la Thora.
1881-1882 : Première vague d’immigration des Juifs du Yémen en Israël. Ce fut une "Alya" (montée) de pionniers très courageux, qui ne reculaient pas devant le travail et dans chaque appartement une pièce était consacrée au bricolage ou aux travaux manuels. Lorsqu’ils arrivèrent au pays en 1881, quelques Yéménites s’installèrent à Jérusalem sous des tentes, dans le village de Silouan, près de la ville de David et du mur des lamentations grâce à Israël Frumkin éditeur du journal Havatsélet. Ils ne demandaient qu’à travailler. Mais les Juifs de Jérusalem étant déjà bien assis dans la ville ne leur facilitèrent pas la vie, ils refusèrent leur présence, ils ne voulaient pas près d'eux des Juifs trop différents d'eux et ne trouvant pas de travail, quelques Yéménites partirent pour s’installer à Jaffa et d’autres au moshav Kinnereth. En 1933, un groupe de ces courageux pionniers n’ayant pas le choix commencèrent à travailler dans le bâtiment, branche à laquelle ils n’avaient jamais été initiés mais les ouvriers étant inexistants à l’époque, ils devinrent très vite par leur assiduité au travail des ouvriers spécialisés. A la même époque le personnel de la Colonie Américaine à Jérusalem vint en aide à chacun, qu’il soit juif, arabe chrétien ou musulman. Un grand nombre de malheurs tombèrent sur la capitale à cette époque : La misère, la faim, la pauvreté, et beaucoup de personnes moururent de ces conditions désastreuses. Les Yéménites vivaient entre eux, dans leurs propres quartiers, et il ne leur vint pas à l’esprit de demander de l’aide à l’Organisation de la colonie américaine mais les membres de cette organisation virent dans les Yéménites des descendants de la tribu de Gad et ils les prirent sous leurs ailes afin de les secourir. Pendant de nombreuses années ils s’occupèrent de leur apporter de la nourriture et des vêtements ce que ne firent jamais leurs propres compatriotes.

Le nouveau quartier de Keren Atémanim à Tel aviv
Le nouveau quartier de Keren Atémanim à Tel aviv. (Le quartier des Yéménites)
L’Alya des Juifs du Yémen fut une Alya de ferveur messianique inspirée en partie par le fanatisme religieux musulman. Au début, ils montèrent au pays soit individuellement ou par petits groupes. La majorité des ces Juifs se rendirent directement à Jérusalem et à Jaffa où ils connurent la misère jusqu’à la détresse. Ils étaient d’excellents agriculteurs mais acceptèrent toute sorte de travail pour survivre. Malheureusement les Arabes de Jaffa les chassèrent en 1902. Pour essayer de gagner un peu d’argent une père de famille yéménite de Jaffa trouva l'ingénieuse idée de vendre de l’eau aux personnes qui se rendaient au petit cimetière Trumpeldor qui se trouvait très loin de la ville de Jaffa sous une chaleur accablante en traversant des dunes de sables. Tous les jours le père de cette famille se rendit difficilement de Jaffa à la porte du cimetière avec ses lourdes cruches d'eau. Le résultat fut concluant et petit à petit d’autres Yéménites se joignirent à lui pour vendre de l'eau à ceux qui accompagnaient les défunts à leur dernière demeure. Les endeuillés arrivaient au petit cimetière de la rue Trumpeldor, épuisés et assoiffés et ainsi le cercle de vendeurs d’eau s’agrandit. Entre temps en 1905, Aaron Schlouch et David Mouyal achetèrent des terrains près de Jaffa où plus exactement acquérir des dunes de sable ! C’est à cet emplacement qu'en 1907, les Yéménites de Jaffa décidèrent de vivre près de l’endroit où ils gagnaient leur vie. Ils s’installèrent sur les terres achetées Aaron Schlouch et David Mouyal grâce à l'aide de Haïm Amsaleg, vice-consul anglais en place à Jaffa. C’est ainsi qu’en 1914, le quartier de Keren Atémanim vit le jour.
Aharon Chelouche (19 mai 1840 – 7 avril 1920) fut le premier homme à l’origine de l’initiative consistant à faire sortir la population juive, de plus en plus nombreuse, des murailles de Jaffa, ville alors surpeuplée et soumise à des conditions de vie et d’hygiène peu envieuses. D’obédience religieuse, observant, Aharon Chelouche fut le chef de la communauté sépharade de Jaffa au milieu du 19e siècle avant de s’implanter à Neve Tzedek, le premier quartier du futur Tel Aviv

Le quartier des Yéménites de Tel Aviv comprend les rues suivantes :
Rue Alsheih : Le 18ème siècle est le grand mouvement des Juifs du Yémen. Alsheih est proposé à la frappe des monnaies. On trouve une synagogue à son nom à Safed. Sur un des bâtiments de cette rue, on peut voir encore l’inscription du mot shalva hôtel ; cet hôtel servit à l’époque de maison de passe.
La rue Yhya rappelle le rav Yihya Salih (1715-1805) auteur de Péoulot Tsadok.
La rue Kéïlat Aden : La communauté juive de la ville d’Aden avait un sentiment de supériorité par rapport aux autres Juifs de leur pays.
La rue Ramban Gamliel : Ramban Gamliel chercha à unifier le peuple Juif dans sa dispersion en établissant un seul code de lois ou Alaha. Son mandat dura de 96 à 115 de notre ère.
La rue kerem Atémanim : rue du Fonds yéménite.
La rue Meir (Dizzingoff) sépare les deux quartiers yéménites de Tel-Aviv, le premier appartenait à la ville de Jaffa où les Juifs payaient des impôts et vivaient dans des maisons sans confort et lors de la création du nouveau quartier de Kerem Atémanim à Tel Aviv les maisons ont été plus espacées et les conditions de vie bien meilleures.

Projet d'un musée yéménite
Le musée du Yémen est un projet de la ville de Tel Aviv qui devrait voir le jour au numéro 12 de la rue Yshhron mais en attendant cette maison est occupée par un locataire qui ne veut pas en bouger ! Elle a été achetée (en 1898) par monsieur Daabani, le chauffeur de Léa Mikrani Niégo, la femme du directeur de Mikvé Israël qui a eut l'honneur d'accompagner Herzl à Mikkvé Israël lors de son unique séjour en Israël. Le fils de Daabani se maria avec la fille de la famille Danker, celui qu’on surnommait "le roi du sel" car il avait une entreprise de sel. La maison d’à côté a été occupée par Emmanuel, un membre du mouvement du "Léhi".
Le maître d’école s’occupait énormément de ses élèves et leur faisait l’école dans la nature puisque à cette époque Tel Aviv n’était qu’un quartier enfoui de dunes de sable. L’instituteur prenait une longue corde que chaque enfant attrapait d’une main et ils se promenaient dans la nature tout en étudiant. Le maître qu’ils appelaient Mori (notre maître ou Moré en hébreu) faisait tous ses efforts pour que les Juifs n’abandonnent pas le pays. Lorsqu’ils étudiaient en classe, le livre de prières était au milieu de la table et les enfants étaient assis en rond tout autour du livre, c’est ainsi que les Yéménites apprirent à lire à l’envers. Bien avant de savoir lire et écrire, dès l’âge de 3 ou 4 ans, les enfants connaissaient leurs prières par cœur.

Kinnereth.
Début 1912 : Arriva donc au Hatzer (Kinnereth) un groupe du Yémen. Peu de temps après ils se dispersèrent dans plusieurs endroits et un autre groupe du Yémen les remplaça, ce petit groupe de pionniers s’installa ici, dans la région marécageuse du Kinnereth ; il était composé de dix familles dont celles de Margalit, Tshiri, Mantsour et Niraf.. Ils furent employés comme ouvriers agricoles dans la ferme et ses environs pour le déracinement des épines et des mauvaises herbes, l’aplanissement du terrain, l’assainissement des marécages, la construction des routes et des travaux de base pour l’usine électrique de Naharaym. Ce fut le clan d’une immense famille connu comme « yéménites du Kinnereth. » En 1915, on leur construisit cinq maisons près de Beit Amotor auxquelles furent ajoutées des cases et des tentes. Ils reçurent de la part des agriculteurs de la ferme Kinnereth 80 ares de terrain et commencèrent à cultiver des légumes et à élever des animaux de ferme. Seulement lorsque les Yékim (allemands) arrivèrent, ils durent leur laisser la place et malgré leurs protestations qui restèrent vaines ils furent obligés de partir. Ils se retrouvèrent près de Réhovot dans un village nommé Zérangoa.
Le rav Yéménite, David Ben Israël Tséhiri s’installa à l’étage de Beit Motor avec deux autres familles.
18 ans plus tard, en 1930 ils furent transférés à Marmorek dans leur future implantation près de Réhovot, ce sera le premier moshav yéménite du pays. Ainsi se terminera pour eux une période de souffrances, de peines, de pauvreté, de maladies et de deuils. Au cimetière de Kinnereth on trouve les tombes de cette communauté qui a marqué l'histoire du pays.