Récemment, le chef d’état major des armées indiennes était  en visite de travail en Israël : Deepak Kapour  est arrivé  à Tel Aviv le 8 novembre dernier. Sa visite a duré de 4 jours. Après l’hommage militaire qui lui a été rendu, il a rencontré successivement le Ministre de la Défense, E.Barak, ainsi que le chef d’état major et d’autres généraux supérieurs de l’armée de Tsahal .
 
 
 

Cette rencontre avait pour but de renforcer la collaboration sécuritaire entre les 2 pays et de continuer à développer leur coopération stratégique. Il a également rencontrés les hauts responsables de la Sécurité Civile, notamment ceux du Sud, qui ont participés à cette réunion  de travail. Le chef d’état-major de indien s’est  rendu ensuite à Yad Vachem afin d’honorer la mémoire des victimes de la Shoah.
 
Le chef d'Etat Major arrivant de New Delhi était encadré par les responsables israéliens. Le chef d'état-major indien le général Deepak Kapoor a fait de longues conversations avec son homologue israélien, le général de corps d'armée Gabi Ashkenazi. L'Inde serait intéressée à collaborer avec Israël sur les missiles de croisière lancés par des sous-marins, les systèmes de défense anti-missiles balistiques, les systèmes de guidage radar.
 
Le Renforcement de la collaboration Indo Israélienne était à l’ordre du jour .L'Inde a développé une coopération étroite militaire et sécuritaire avec Israël. Abandonnant sa position de pays non aligné, elle s'est également inféodée à Washington. En faisant appel à l'armée israélienne et à ses forces spéciales clandestines pour solutionner militairement ses problèmes au Jammu et au Cachemire et avec le Pakistan.
 
 
La Coopération Militaire et Sécuritaire Inde-Israël est entretenue par la régularité des visites entre les hautes responsables militaires et sécuritaires des deux pays.
 
Le 10 Septembre 2008, le Gl Avi Mizrahi, haut gradé de l'armée israélienne s'est rendu à New Delhi. Il y a rencontré les chefs des forces armées aériennes, navales et terrestres indiens, avant de s'envoler pour une courte visite à Jamnu et au Cachemire. Mizrahi, réputé pour son expérience militaire, a fait une conférence devant des hauts officiers de l'armée indienne sur la base militaire d'Akhnur, près de la frontière Indo Pakistanaise, sur le thème du "contre terrorisme." (Le choix de ce lieu n'est pas du au hasard, à Shrinagar - capitale du Cachemire indien,  près d'un million de soldats indiens  sont sur le terrain) - Mizrahi et son homologue indien, Deepak Kapoor, se sont mis d'accord pour mener conjointement des activités de "contre terrorisme" incluant l'entraînement par des commandos israéliens de soldats indiens aux combats urbains.
 
La visite de Mizrahi en 2008 n'avait  rien d'extraordinaire. Il s'était déjà rendu en Inde en février 2007. En juin 2007, un autre haut responsable militaire israélien, le général Moshé Kaplinsky accompagné d'une équipe de hauts gradés israéliens, avaient rencontré à Jamnu et au Cachemire des hauts gradés de l'armée indienne, aux quartiers généraux du 16ème Corps à Nagrota dans la région de Jamnu près de la frontière indo pakistanaise. Lors de cette rencontre, l'équipe de Kaplinski a discuté des problèmes d'infiltration des terroristes du Pakistan en Inde. Malgré les 720 Km de barbelés, les infiltrations continuent. Kaplinsky est venu pour vendre les techniques israéliennes high tech de surveillance frontalière. Sur le chemin du retour en Israël, l'équipe de Kaplinsky a rendu visite au commandement indien de la marine stationnée à l'Ouest de Bombay.
 


En Janvier 2008, en prolongement de ces contacts, un autre haut gradé israélien, le brigadier général Pinhas Buchis s'est rendu en Inde et a rencontré des hauts responsables civils et sécuritaires. Ils ont discuté des moyens de partager les informations collectées par les services secrets des deux pays sur les activités dites "terroristes". Une semaine après le retour de Buchis en Israël, c'était au tour de l'amiral en chef indien, Sureesh Mehta, de passer quelques jours à Jérusalem, où il a rencontré le chef d'état major de l'armée israélienne, Gabi Ashekenazi, et Buchis. Entre 2007 et début 2008, les trois chefs d'état major des armées indiennes se sont rendus en Israël. Ils l'ont fait dans le cadre d'un accord passé en 2002 entre Israël et l'Inde pour créer un groupe de travail conjoint Indo Israélien sur le "contre terrorisme". L’objectif étant d'instaurer une entente rapprochée entre l'armée indienne et l'armée israélienne et de consolider le vaste commerce d'armes entre les deux pays (L'Inde est actuellement le premier pays importateur d'armes israéliennes). Ces allées et venues entre New Dehli et Tel Aviv et toutes ces rencontres militaro sécuritaires se sont intensifiés après les attaques de Bombay de 2008 (1). Cette coopération rapprochée est totalement  indispensable pour les deux pays.
 
Ce rapprochement New Delhi Tel Aviv remonte aux années 90, quand le Parti du Congres au gouvernement a commencé à réformer l'état indien centralisé et dirigiste, et a abandonné la position neutre, non alignée qui avait prévalu en matière de politique étrangère. Ce parti a estimé qu'il était temps de réévaluer les relations Inde US, dans le contexte de l'effondrement de l'Union Soviétique proche de New Delhi, et pour se faire à penser que le meilleur moyen c'était d'initier un rapprochement avec Tel Aviv. Washington à l'époque était plus enclin à soutenir le Pakistan, et l'Inde a parié sur le développement de ses relations avec Israël pour se rapprocher des US.
 

En Janvier 1992, le gouvernement indien a reconnu l'état d'Israël. Le mois suivant, le ministre indien de la défense de l'époque, Sharad Pawar, a appelé au développement d'une coopération indo israélienne en matière de "contre terrorisme". Le directeur général de la police israélienne, Yaacov Lapidot, s'est rendu en Inde pour participer à une convention internationale de la police, et est rentré avec de bonnes nouvelles : le gouvernement indien voulait bénéficier de l'expertise israélienne en matière d'opérations de "contre terrorisme".
 
 A l'époque  un proche du gouvernement israélien a dit au journal India Abroad (29/02/08) qu'Israël "avait développé une expertise pour s'occuper du "terrorisme" localement mais aussi internationalement, au niveau politique et légal, et serait heureux de partager celle -ci avec l'Inde". Pendant les années de gouvernance du Parti du Congrès, le principal champ de coopération c'était celui de la vente d'armes, les achats massifs de l'Inde fournissant à Israël une stabilité dans ce domaine plutôt volatile.
 
Lorsque la droite indoue est arrivée au pouvoir à la fin des années 90, elle a intensifié la politique de libéralisation économique (instaurant même un ministère de la privatisation) et a fixé son attention sur l'Axe New Delhi, Washington Tel Aviv, considérant cet axe comme celui de trois puissances ayant un ennemi commun, ce qu'ils ont appelé le "terrorisme islamique", et qui allait devenir la nouvelle base stratégique de la politique étrangère indienne.
 
Les relations rapprochées entre le premier ministre israélien de l'époque, Benjamin Netanyahu, et L.K Advani (ministre de l'intérieur indien, un dirigeant de la droite indoue) ont pavé la voie à une collaboration intensive. Advani avait beaucoup d'admiration pour Netanyahu, dont le livre "Fighting Terrorism: How Democracies Can Defeat Domestic and International Terrorism" lui sert de guide en matière politique. Il cite fréquemment des extraits de ce livre tels que : " une société libre doit savoir ce qu'elle combat", qui est " la montée en puissance du terrorisme islamique". Advani a bâti sa politique de "contre terrorisme" sur les techniques  israéliennes : un mur à la frontière, des menaces de "poursuites chaudes" transfrontalières, rejet de négociations politiques avec les organisation terroristes,  rigueur dans la lutte contre  les actes d'insurrection. Advani et Netanyahu refusent de faire la politique de l’autruche devant  groupuscules extrémistes souvent manipulés par des services secrets étrangers  comme ceux du Cachemire ou de Gaza. Tous  les deux croient  dans l’importance du combat de la Démocratie contre le "Terrorisme", ceux défendant la Démocratie comme les US, Israël, l'Inde,  sont en première ligne contre le "Terrorisme" islamique.
 
 
Advani s'est rendu en Juin 2000 en Israël et lors d'une conférence à l'ambassade de l'Inde il y a exposé clairement sa position politique : " Ces dernières années, nous avons du faire face à un problème sécuritaire interne croissant... nous nous inquiétons d'actes de terrorisme transfrontaliers lancés par des fanatiques  du Pakistan. Nous partageons avec Israël une perception commune du "terrorisme" comme étant une menace, encore plus lorsqu'elle est associée au fondamentalisme religieux. Notre détermination mutuelle de combattre le "terrorisme" est à la base de nos discussions avec Israël, qui a la réputation de s'occuper de ces problèmes avec succès".
 
En Septembre 2000, Advani a invité une équipe d'experts israéliens en "contre terrorisme" à se rendre sur le terrain à Jamnu et au Cachemire. Cette équipe était dirigée par Eli Katzir,  un proche du premier ministre israélien de l'époque, Ehud Barak, qui a réalisé une étude de faisabilité des besoins en matière sécuritaire militaire de l'Inde, et a suggéré qu'Israël fournisse une assistance. Trois ans plus tard, l'Inde et Israël signaient un pacte militaire d'armement incluant une mission spécifique d'entraînement. Des éléments de l'armée israélienne entraîneraient 4 bataillons de forces spéciales de l'armée indienne; d'autres bataillons apprendraient la pratique de la "guerre asymétrique" et travailleraient avec le commandement Nord au Cachemire. Ce sont ces forces spéciales qui sont intervenues lors des attaques de Bombay. Il leur a fallu plusieurs heures pour arriver à la ville, car elles n'avaient pas d'avion spécial à leur disposition, et 3 jours pour venir à bout d'une dizaine d'attaquants. Comme pour la guerre en Georgie l'été  2008 , où les soldats géorgiens, entraînés par des  experts israéliens, ont été sollicités , on ne peut que constater qu'à Bombay  là aussi "l'expertise israélienne" a été des plus performantes.
 
 

 
L’Inde avait aussi demandé à Israël de l'aider dans la planification d'opérations transfrontalières dites de "contre terrorisme" au Pakistan. Cette demande du gouvernement indien de mener ce genre d'attaques en territoire pakistanais  viendrait en représailles aux attaques de Bombay. L'Inde a demandé l'assistance d'Israël dans les actions antiterroristes ultrasecrètes car les forces spéciales israéliennes ont une expérience hors pair pour  planifier et exécuter ce genre d’action, et surtout elles sont réputées pouvoir s'en tirer sans laisser de trace. Le gouvernement indien veut que ces opérations commandos au Pakistan soient ciblées précisément et exécutées de façon à permettre à New Dehli de nier toute implication. Les zones visées au Pakistan:
 
1) Le Cachemire pakistanais et ses camps d'entraînement
 
2) le Panjab à l'Est bordant la frontière du Nord de l'Inde
 
3) La côte sud du Pakistan allant de Karachi au Nord jusqu'à Gwadar près de la frontière iranienne.
 
 
L'avenir de l'alliance stratégique entre l'Inde et Israël reste lié à des considérations d'ordres domestique et régional, ainsi qu'à un environnement stratégique global. Aujourd'hui, la plupart de ces variables semblent favorables à un développement des liens entre New Delhi et Tel Aviv: les deux pays se sont découverts des affinités socioculturelles très riches, leur coopération économique est mutuellement bénéfique, ils collaborent ensemble politiquement et stratégiquement, et leur partenariat dans les sphères de la défense et de la sécurité se développe de manière significative. De surcroît, depuis le 11 septembre 2001, la lutte anti-terroriste menée par les États-Unis est un cadre privilégié pour un rapprochement multilatéral de l'Inde et d'Israël avec d'autres partenaires comme les Etats-Unis , luttant aussi contre le terrorisme islamiste. Ainsi, les liens stratégiques dans le triangle New Delhi Tel Aviv Washington pourrait apporter stabilité et sécurité dans deux des régions les plus instables au monde : l'Asie du Sud et le Moyen-Orient.
 
Ftouh Souhail, Tunis
 
 
(1)  Le 26 novembre de l’année dernière, Al Qaida a perpétré  un vaste  massacre à Bombay, la seconde grande ville de l’Inde, causant des dizaines de victimes.  Durant  les attaques du 26 novembre 2008, neuf Israéliens sont morts dans les attentats, contre un centre Habad. Les victimes israéliennes des attentats de Bombay étaient  reconnues en Israël comme « victimes du terrorisme ».Cette décision a assurée l'aide de l'Etat pour les obsèques et des dédommagements pour les familles des victimes.