Ftouh Souhail, la question qui se trouve sur toutes les lèvres est celle de la menace intégriste. Les islamistes représentent ils une force politique, sont ils capable de terroriser les dirigeants, et imposer, à terme, la Charia ?
 
La question des islamistes  est très présente aujourd’hui en Tunisie après la chute de Ben Ali. Le mouvement  islamique va respirer de nouveau dans le pays.  Le chef en exil du mouvement tunisien Ennahda, Rachid Ghannouchi, prévoit de retourner dans quelques semaines dans le pays. Ghannouchi qui est en exil à  Londres depuis 1989, a ordonné  que des responsables de son mouvement , parti jusqu’ici interdit en Tunisie, de négocier des accords avec des partis laïques tunisiens  comme le Parti démocratique progressiste et le Parti communiste ouvrier .
 
 
La protestation en cours en Tunisie qui a  balayé le régime du président Zine El Abidine Ben Ali, est de nature à ouvrir la voie vers l’islamisation de la vie politique. Les leaders islamistes, du mouvement intégriste Ennahda comptent réviser  le statut de la femme qui est pourtant parmi les plus avancés du monde arabo-musulman.Il est possible aussi qu'ils obtiennent une autorisation pour travailler dans le pays .


Bien que les tunisiens se sont  débarrassés d’un régime  jugé pour être  mafieux  , ils risqueront  de se trouver en face d'un parti religieux qui tentera de   convaincre la population tunisienne que l’islam politique est une meilleure  alternative contre  la corruption du clan  Ben Ali.
 
Il faut ici noter que Ben Ali a joué un grand rôle dans la coopération, dans la lutte contre le terrorisme et la montée des intégrismes. En contrepartie  il a réussi à obtenir le silence de l’Occident sur plusieurs affaires de corruption .La famille élargie du président était fréquemment présentée comme le carrefour de la corruption en Tunisie. 
 
Quel est l'état de l'opposition ? Écrasée par Ben Ali, est elle organisée, structurée, avec un programme. Y a t-il des figures emblématiques ? De quelle tendance se réclame t-elle : libérale et progressive, ou socialiste ?
 
 
Au lendemain de cette  journée historique du 14 janvier  qui a débouché sur la fuite du président Zine El Abidine Ben Ali, le camp des démocrates et des militants des droits de l'homme reste très affaibli en Tunisie. Le régime de Ben Ali  a  durant des années dévorées la société civile et il a basé une pratique de brutalité politique et sécuritaire en  violation des libertés fondamentales.
 
 
Les partis politiques d'opposition reconnus dans le pays sont tous des « partis cartons » selon la formule locale : Le Parti des verts pour le progrès (PVP, écologiste),  le Parti social-libéral (PSL, libéral), le Parti de l'unité populaire (PUP, panarabiste socialiste) et le  Mouvement Ettajdid (gauche laïque).
 
 
Le seul parti réellement indépendant en Tunisie est le Parti démocrate progressiste (PDP). Sauf que ce parti de gauche a  noué une alliance avec la mouvance islamiste. Mais aussi les prises de positions, anti-israéliennes et antisémites de ce parti sont  relayés constamment sur les différents médias arabes, et en l’occurrence par la sulfureuse Aljazzira du Qatar. Je l’est  décrit personnellement une fois comme un parti fasciste parcequ’il voulait empêcher en Tunsie le pèlerinage juif.


 
L'armée, la police, obéissent à qui, à quels groupes ? Sont ils complices de la corruption ? Vont ils protéger les familles corrompues ?
 
 La chute  brutal du régime  de Ben Ali  a fait tombé le pays dans un vide sécuritaire total. Seul l’armé tunisienne est en ce moment discipliné. Le Chef d'état-major Rachid Ammar tente en ce moment de mettre de l’ordre dans le pays.

 


 
Le ministère tunisien de l'Intérieur et la police ont presque perdu le pouvoir du pays. Des graves divisons  sont apparus dans l'appareil  sécuritaire entre le clan encore fidèle à Ben Ali et un clan hostile  au dictateur.

 

L'armée a été déployée pour la première fois dans la capitale pour mettre fin aux  troubles,  pillages et les agressions contre les personnes et les biens qui se sont produits et qui continuent de se produire sur tout le territoire national. Les violences meurtrières ont fait plus de 100 morts depuis quatre semaines.

 

 
Le plus grave est que certains membres des forces de sécurité  sont complices  dans des actes de vols et pillages des commerces. Selon les témoignages d’habitants des miliciens du parti au pouvoir le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ont pris part dans ces actes. Les attaques de supermarchés se sont multipliées ces derniers jours. Plusieurs magasins des enseignes françaises Carrefour et Casino sont victimes des destructions et  pillages menés par des bandes de personnes encagoulées , liés aux proches du président en fuite.

 


 
 
Ce samedi matin, à la sortie nord de Tunis, l'hypermarché Géant a été pillé après avoir été attaqué et partiellement incendié la veille. Selon un photographe de l'AFP, des dizaines de personnes sortaient du centre commercial, en emportant tout ce qui leur tombait sous la main, en l'absence de tout représentant des forces de l'ordre. Ce samedi soir un calme précaire règne dans les rues de la capitale après  des nuits marquée par des actes de vandalisme.
 
 
Les familles corrompues risquent de tout faire pour protéger leurs acquis. Quel est le réel pouvoir de destruction ? Peuvent ils faire capoter la révolution ?
 
 
La révolution a bien délogé une partie du  clan Trabelsi, du nom de l’actuelle femme de l’ancien président tunisien. Cette ancienne « coiffeuse »  au nom de Leïla Trabelsi qui a grandit dans un  quartier pauvre de Tunis, situé au cœur de la médina, a quitté le pays le 25 décembre 2010 en dérobant 4 millions d’euros  sans compter ses avoirs dans les pays du Golf et en Europe.
 
Son frère Belhassen Trabelsi qui siège au comité central du  parti au pouvoir est membre du conseil d'administration de la Banque de Tunisie.
 
Toute la belle-famille de l'ex-président tunisien en fuite est détestée en Tunisie tant elle a accaparé, ces 20 dernières années, tout ce qu'il y a de juteux dans le pays. La famille Trabelsi est devenu un synonyme de corruption chez tous les tunisiens. La bonne nouvelle venue de France ce soir est que  le président Sarkozy semble avoir  bloqué les avoirs financiers de la famille Ben Ali en France.

 


Il est difficile que cette famille puisse contourner  la révolution des tunisiens, mais elle  tentera certainement de récupérer certains biens en Tunisie surtout qu’elle bénéficie encore d’une couverture au sein du parlement tunisien et dans  l'organisation patronale. Cette couverture est assurée par  un certain Hédi Djilani, qui a une  fille mariée à Belhassen Trabelsi, le frère de l’epouse de Ben Ali.
 
En, ce qui est bizarre est que mémé  après la chute de Ben Ali ,  le patron des patrons tunisiens  Hédi Djilani qui proche de l’ancien  dictateur  n’a pas été inquiété. Il est aussi membre du comité central du parti au pouvoir RCD depuis 1989 et membre de la Chambre des députés depuis 1989. Après avoir dirigé de nombreuses entreprises industrielles, cet homme est devenu président de la fédération des exportateurs et finalement le chef de  l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (l'UTICA).  Ne faisons pas des illusions .Le Clan des Trabelsi n’est pas encore parti.
 
 
Quels sont les médias capables de s'exprimer librement ?
 
Depuis des années les tunisiens ont divorcés les médias locaux. La chaîne satellitaire Al Jazeera  (basée au Qatar)  est la principale source d’informations pour les tunisiens. Pour l’instant aucun média tunisien n’est capable  de s'exprimer librement. Les événements, qui se déroulent depuis le 17 décembre dans le pays, ont apporté, une nouvelle fois, la preuve de la faillite des médias tunisiens.
 
 
Pour l’instant les médias tunisiens  tente de s’adapter  à la vérité des événements. Ils semblent avoir abandonné la politique de la langue du bois cher à Ben Ali.Beaucoup estiment que le contrôle sur les médias va reprendre. Puisque même si Ben Ali est parti, son régime est encore présent.

 

En effet, même s’il est possible aujourd'hui de critiquer dans les médias locaux  le personne du  dictateur déchu , je n’est par  vue  encore  émission   sur un médias tunisien dénoncer  le parti au pouvoir Le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti  autoritaire qui contrôle encore tout en Tunisie et qui est  responsable  de la terrible dictature de Ben Ali . Aucun média tunisien n’a signalé  aussi que toute cette anarchie qui dévaste le pays et les actes de vols et pillages  des locaux commerciaux sont assurés par les miliciens de ce parti qui a perdu son chef et qui va produire un autre dictateur.
 
 
Les autorités tunisiennes n’ont pas encore dit quel est le sort réservé à des centaines d’informaticens  spécialisées  dans le  filtrage des sites  et qui ont travaillé durant des années dans le but de l’intimidation  des Net-citoyens et des blogueurs. Les centaines de policiers du net seront t-ils au chômage ? Le contrôle des médias en Tunisie était assuré par l'un des piliers du régime, M. Abdelwahab Abdallah. Le régime n’a pas encore annoncé le nom du  nouveau « ministre de la censure » !
 
 
Ftouh Souhail