L’appareil sécuritaire tunisien se prépare au grand ménage.
 
Le gouvernement tunisien a repris la main  le 3 février 2011 sur l'appareil sécuritaire, en donnant un grand coup de balai dans les hautes sphères de la police, pilier du régime de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali.
 
Le changement à la tête du ministère de l’Intérieur, en la personne d’un nouveau ministre Farhat Errajhi, correspond aux demandes d’une bonne partie de la rue. Mais il ne signifie pas que le pouvoir des services et des directeurs en place sera largement diminué.
 
Le Ministère de l'intérieur en Tunsie  est un monde à part, une sorte d’état dans l’état. Les services d’ « Ammar » le censeur d’Internet, la police secrète des universités qui a été priée de quitter les campus, la police politique, la police « civile » sont accusés  de corruption, de torture ou d’obstruction à la justice.
 
 
 
 
L'appareil sécuritaire qui supervise l'Etat policier mis en place par le président déchu  n'a pas été démantelé, ont souligné, lundi, des défenseurs des droits de l'homme qui craignent pour les progrès démocratiques de la "révolution du jasmin".
 
 
Lundi, Amnesty International a estimé qu'il fallait réformer l'appareil de sécurité tunisien. "Les forces de sécurité doivent être radicalement remaniées. Dorénavant, aucun membre de l'appareil de sécurité ne devrait être au-dessus des lois", préconise Amnesty. "Les autorités doivent condamner ouvertement la torture et agir rapidement pour l'éliminer."
 
"L'outil du régime était le ministère de l'intérieur et rien n'a changé à cet égard", estime Ali Zeddine, vice-président de l'Organisation tunisienne des droits de l'homme, qui entretenait des relations tendues avec le dirigeant chassé par la rue le 14 janvier. "Il y a des gens dans l'obscurité qui ont truqué les élections, supervisé la répression et l'appareil (d'Etat) comme la police politique, la police de sécurité et d'autres. A défaut de changements de fond, les choses pourraient vraiment revenir au point de départ", explique-t-il.
 
Sihem Bensédrine, une figure de l'opposition harcelée sous le régime Ben Ali pour avoir tenté de créer un site d'information indépendant sur Internet, assure quant à elle que la surveillance n'a pas cessé la semaine passée. "On continue à nous enregistrer, à nous filer. La cyberpolice est toujours opérationnelle", dit-elle. "J'ai été suivie, je les ai vus." Elle fait état d'informations parvenues au Conseil national pour les libertés, une organisation qu'elle dirige, selon lesquelles des policiers en civil se seraient mêlés aux manifestations antigouvernementales de ces derniers jours dans le centre de la capitale.
 
 
Des coups de feu ont retenti  ce mardi dans le centre de Tunis, ont indiqué trois témoins sans pouvoir préciser d'où venaient ces tirs. "J'ai entendu des tirs sporadiques", a simplement déclaré un des témoins qui se trouvait près du siège de la municipalité.
 
Par ailleurs le ministre tunisien de l'Intérieur, Fahrat Rajhi, a annoncé la suspension des activités du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de l'ex-président Ben Ali."
 
Le ministre de l'Intérieur a décidé de suspendre toutes les activités et toutes les réunions du RCD et de fermer tous ses bureaux en attendant une décision judiciaire sur sa dissolution", a dit une source proche du ministère. Cette décision a été prise "par nécessité extrême et afin de prévenir un effondrement de la sécurité générale et de protéger les intérêts supérieurs du pays", a ajouté cette source sous le sceau de l'anonymat.
 
 
Ftouh Souhail